AFRIQUE/ SCIENCE MEDICALE : peut-on vaincre la fièvre hémorragique Ebola, l’une des maladies les plus dangereuses du monde ?

Publié le 11 août, 2012 1 Commentaire »
AFRIQUE/ SCIENCE MEDICALE : peut-on vaincre la fièvre hémorragique Ebola, l’une des maladies les plus dangereuses du monde ?

« Les médias ont beaucoup parlé des virus à l’origine des fièvres hémorragiques les présentant comme de redoutables prédateurs, susceptibles d’anéantir des populations à l’échelle mondiale. Le professeur Melissa Leach estime que la lutte contre ces agents pathogènes mortels gagnera beaucoup à associer le savoir scientifique aux connaissances locales. »

« Ebola est un des virus les plus dangereux au monde. Depuis son apparition en 1976, le virus a été à la source d’une demi-douzaine de violentes épidémies survenues en Afrique de l’Ouest, notamment au Gabon, en République du Congo et en République démocratique du Congo, au Soudan et en Ouganda.
On a constaté récemment que le virus Ebola pouvait se transmettre à l’homme lors des manipulations d’animaux, vivants ou morts, porteurs du virus. »


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1 – Epidémie d’Ebola en Ouganda, La RDC renforce la surveillance aux frontières

Depuis  quelques semaines, l’épidémie de la fièvre hémorragique d’Ebola sévit en Ouganda dans le district de Kibari où 60 cas dont 16 décès ont été déjà enregistrés. Dans les 60 cas, il ya 3 professionnels de santé dont un décès.

Etant donné que le district de Kibari dans lequel sévit l’épidémie est voisin au district d’Aru en RDC, les autorités congolaises s’activent pour que cette maladie ne traverse pas les frontières. Au ministère de la Santé publique, une réunion  de crise a été organisée le mardi dernier regroupant les partenaires  dont l’OMS et MSF, la 4ème direction du ministère de la Santé  chargée  de la lutte contre la maladie et l’INRB.

Au cours de cette réunion présidée par le ministre de la Santé publique, Dr Félix Kabange Numbi, il était question  non seulement d’analyser la situation sur terrain mais aussi de mettre en place des stratégies pour renforcer la surveillance au niveau des frontières pour que cette épidémie ne se propage pas en RDC.

” il est important que nous puissions nous rencontrer  dans le comité  de crise pour évaluer , analyser la situation et prendre des mesures qui s’imposent par rapport à la protection de la population.  Voila pourquoi, il est important que nous tenons cette réunion épidémiologique de surveillance  à l’issue de la quelle nous avons pris un train  de mesures… “, explique Dr Félix Kabange Numbi.

Pour préserver la population congolaise surtout celle étant frontalière  au district de Kibari en Ouganda contre cette épidémie, Dr Félix Kabange Numbi  appelle la population à plus de vigilance. ” Nous tenons à informer la population congolaise particulièrement  celle de la province du Nord-Kivu et de la Province Orientale d’accroitre  leur niveau de vigilance  par rapport à cette épidémie qui ravage l’Ouganda. Surtout lorsque la population  est en face d’un cas de fièvre accompagnée d’hémorragie anormalement expliquée et également  éviter d’être en contact  des animaux trouvés morts dans la forêt “.

Dr Félix Kabange Numbi a également insisté sur le renforcement  de la sensibilisation. Nous avons décidé, déclare-t-il, de renforcer les mesures de surveillance, de sensibilisation et de mobilisation communautaire au niveau des frontières  notamment  sur l’axe Beni -Butembo  dans la province du Nord -Kivu et en plus au niveau du territoire d’Aru, Dungu et Isiro dans la Province Orientale
En plus de la sensibilisation de la communauté, le ministre de la Santé publique précise qu’une équipe mixte  ministère de la Santé publique, l’OMS et MSF vient d’être mobilisée pour effectuer une descente dans ces zones frontalières avec du matériel de prélèvement  pour des cas suspects mais également avec du matériel de protection.

Tout en soulignant que ces réunions  de surveillance épidémiologique se tiendront régulièrement  pour évaluer la situation sur terrain, Dr Félix Kabange Numbi a invité le personnel médical  à utiliser toutes les précautions universelles d’usage à partir dès maintenant  pour tout cas de fièvre qui se présenterait à l’hôpital “.

L’observance des règles d’hygiène s’impose
La fièvre hémorragique d’Ebola étant une maladie  grave et à courte période d’incubation, il est conseillé à la population d’observer des règles élémentaires d’hygiène  individuelle et collective pour se préserver.  Il est donc conseillé de se laver les mains avec du savon  avant de faire la cuisine,  avant de manger et après avoir utilisé les latrines ; faire bouillir l’eau  ou la désinfecter avec une solution chorée, de ne consommer que des aliments chauds et biens couverts.

Il est aussi indiqué  de ne pas déféquer à proximité des sources d’eau ; de ne pas organiser  les funérailles  d’un malade décédé  de la fièvre d’hémorragique d’Ebola ni de toucher son cadavre.
La fièvre d’Ebola se  manifeste par des maux de tête, une fatigue intense,  des difficultés respiratoires, des vomissements, de la diarrhée, des douleurs abdominales, douleurs musculaires ou articulaires manque d’appétit.

Blandine Lusimana T.

http://www.lobservateur.cd/index.php?option=com_content&view=article&id=7849:epidemie-debola-en-ouganda-la-rdc-renforce-la-surveillance-aux-frontieres&catid=44:politique&Itemid=58

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2 – Virus Ébola: l’heure de la remise en perspective

Les médias ont beaucoup parlé des virus à l’origine des fièvres hémorragiques les présentant comme de redoutables prédateurs, susceptibles d’anéantir des populations à l’échelle mondiale. Le professeur Melissa Leach estime que la lutte contre ces agents pathogènes mortels gagnera beaucoup à associer le savoir scientifique aux connaissances locales.


Avec la permission du Professeur Melissa Leach

Le Professeur Melissa Leach dirige le Centre STEPS (Social, Technological and Environmental Pathways to Sustainability) et elle est chargée de cours à l’Institute of Development Studies du Sussex (Angleterre). Elle est titulaire d’une maîtrise en géographie de l’université de Cambridge et d’un doctorat en anthropologie sociale de l’université de Londres. Elle parle quatre langues africaines: mandingue et kissi (Guinée), mendé et krio (Sierra Leone).

Ces 25 dernières années, elle a participé à la fois à des études ethnographiques sur le terrain et à des travaux de recherche, appliquant une approche historique, écologique, scientifique et technologique. Pour un travail récent, elle a examiné comment les processus politiques liés à l’environnement et à la santé prennent en compte les données scientifiques et l’état des connaissances dans, notamment dans le domaine de la vaccination, des essais de recherche médicale et des épidémies.

Q: Comment le virus Ébola était-il pris en compte au début des années 1990 au plan international?
R: Pendant la première moitié de cette décennie, on l’a décrit comme une menace mondiale, un prédateur redoutable émergeant des zones tropicales d’Afrique et se propageant rapidement dans le reste du monde, mobile et interconnecté. Du coup, les cas d’infection devaient être rapidement notifiés et déclencher une action internationale. Des films et des livres, comme The coming plague de Laurie Garrett, The hot zone de Richard Preston ou le film Alerte !, avec Dustin Hoffman, ont alors créé une crainte de la fièvre à hémorragique à virus Ébola dans les populations occidentales.
Point intéressant, certaines de ces versions dressaient du virus Ébola le portrait d’un agent passant à l’attaque et se transmettant par contact ou par voie aérienne. Il n’y avait aucun traitement avant qu’un scientifique «éminent» ne découvre un vaccin ou un remède, faute de quoi tout le monde en mourait. L’héroïsme scientifique était une caractéristique essentielle de ces histoires, avec des personnages consacrant leur vie à la découverte, à l’identification du virus et à la victoire sur celui-ci. On dépeint souvent la panique, la violence et la compétition comme des réactions humaines courantes aux flambées de maladies virales. Des membres du personnel de l’OMS m’ont dit que l’idée selon laquelle la flambée de 1995 en République démocratique du Congo «allait se propager dans le monde entier» a été l’un des facteurs déclenchant la dynamique politique qui a abouti à la révision du Règlement sanitaire international en 2005.

Q: Comment perçoit-on la fièvre Ébola aujourd’hui?
R: On considère désormais la fièvre Ébola comme une maladie mortelle locale, nécessitant une «intervention rapide universelle», basée sur les stratégies standards de santé publique pour interrompre la transmission et endiguer les flambées à la source.

Q: Pourquoi le virus Ébola attire-t-il autant l’attention, alors que la fièvre de Lassa fait davantage de morts?
R: Les fièvres Ébola et Lassa font partie d’un grand ensemble de fièvres virales hémorragiques et ce sont les deux plus importantes du point de vue épidémiologique en Afrique. Dans le cas de la fièvre hémorragique à virus Ébola, nous sommes face à une infection par un filovirus redoutable: elle est rapidement létale, et tue 50 à 90% des cas cliniques diagnostiqués. Jusqu’à présent, on n’a aucun médicament antiviral ou vaccin contre cette fièvre; c’est une maladie pour laquelle il n’existe aucun traitement.

Mais, si nous nous intéressons aux flambées en Afrique, nous remarquons qu’en dépit d’une augmentation de la fréquence, le nombre des décès reste globalement relativement faible. L’ampleur des craintes et l’idée d’une propagation mondiale de ce virus ont incité les responsables de la santé, aux niveaux international et national, et ceux des gouvernements à mettre en place des politiques à partir de cette perception. Parallèlement, la couverture médiatique a accru l’intérêt du public et son soutien à la lutte contre cette maladie. À cet égard, la fièvre hémorragique à virus Ébola est une sorte de maladie «exceptionnelle», ayant un «statut dominant».

La fièvre de Lassa est une autre maladie hémorragique, beaucoup plus endémique dans de nombreuses régions d’Afrique de l’Ouest. Les infections surviennent par exposition directe aux déjections de rats infectés et, moins souvent, par transmission interhumaine via les liquides biologiques. Le taux de létalité se situe autour de 1 % seulement mais, en raison de son incidence bien plus élevée, elle provoque plus de décès que la fièvre Ébola. Selon les estimations, il y aurait 300 000  cas d’infection et 5000 décès par an.

Q: Quels sont les dilemmes posés par les maladies de ce type?
R: Ce contraste a conduit certains commentateurs à avancer que la fièvre Ébola était peut-être «beaucoup de bruit pour pas grand-chose». Certes dévastatrice localement, elle a peu d’importance sur le plan international. De son côté, le problème posé par la fièvre de Lassa semble avoir beaucoup moins de retentissement: malgré un nombre élevé de décès et de cas d’infection, elle ne suscite qu’une attention proportionnellement très faible au niveau international et dans les médias occidentaux. Elle requiert donc un engagement plus soutenu de la part des équipes de santé et des mesures pour lutter contre sa nature plus endémique.

Q: Il semblerait que la fièvre Ébola ait persisté pendant des centaines d’années dans certaines communautés. Quelles traditions locales ont été appliquées pour réagir contre les flambées?
R : Les médias disent souvent des populations locales vivant dans les zones affectées par la maladie qu’elles sont ignorantes, engluées dans des traditions malencontreuses et des habitudes culturelles dangereuses. Effectivement, certaines de ces pratiques sont dangereuses : rester à proximité du malade pour le soigner, toucher les morts aux funérailles ou appliquer les traitements des tradipraticiens, par exemple couper la peau d’un patient avec des couteaux non stérilisés et appliquer le sang sur la peau.
En Sierra Leone, le personnel médical que j’ai interrogé a regretté les traditions locales encourageant la consommation de rats, en particulier lors des fêtes, lorsqu’elle a lieu a grande échelle et qu’on a déterminé qu’elle était une cause majeure d’épidémies de fièvre de Lassa. On croit que la sorcellerie est à l’origine des fausses couches (dues à la fièvre de Lassa), ce qui entraîne des retards dans la présentation des femmes pour un traitement. Il existe aussi pourtant des coutumes bénéfiques dans les cultures et situations locales : ces populations ont les connaissances, une logique et des pratiques que l’on pourrait et devrait à juste titre intégrer dans les interventions.

Q: Pouvez-vous donner des exemples de ces pratiques bénéfiques?
R: Les travaux de l’anthropologue Barry Hewlett, qui a étudié comment la population Acholi en Ouganda réagit au gemo [ndr: un mot signifiant épidémie, maladie], donne un exemple d’approche locale face à ces maladies. Les protocoles sociaux de prévention et de lutte sont les suivants: isoler le patient dans une maison à au moins 100 mètres des autres; confier à un survivant d’épidémies passées le soin de nourrir le patient et de s’en occuper ; désigner les maisons où il y a des malades à l’aide de deux longues tiges d’herbe à éléphant; limiter les déplacements en général, en conseillant aux gens de rester chez eux et de ne pas se rendre dans un autre village et, enfin, garder en isolement les patients qui ne manifestent plus de symptômes pendant un cycle lunaire complet, avant de leur permettre de se déplacer librement dans le village.

Q: Quelles sont les conséquences si les équipes internationales ne prennent pas en considération les croyances locales?
R: Les interventions standardisées et les mesures de lutte qui viennent du haut se sont parfois avérées éphémères face à la résistance des populations locales. Il arrive qu’elles provoquent des craintes ou des sentiments d’injustice, si l’on restreint les déplacements et si la population ne peut pas enterrer ses morts selon ses traditions. Il y en a eu un exemple en 2001 au Gabon. Les équipes médicales européennes et américaines ont rencontré une résistance armée des populations locales et ont dû quitter le terrain, en raison des mauvais souvenirs que les mesures de lutte appliquées lors d’une flambée précédente, en 1995-1996, avaient laissé aux villageois, qui en avaient été profondément offensés.
Les mesures pour empêcher les rites funéraires avaient été particulièrement mal vécues. Les malades et les morts étaient cachés sous des bâches, dans des unités d’isolement, amenant la population à penser qu’on volait les organes et les membres de leurs parents. À cela s’est ajouté à une méfiance généralisée vis-à-vis des équipes internationales, « parachutées » de l’extérieur. Pour éviter de telles situations à l’avenir, nous devons élaborer des approches participatives, inclusives, associant les connaissances locales et scientifiques.

Q: Avez-vous connaissance de flambées pour lesquelles les coutumes traditionnelles ont été intégrées avec succès à des approches scientifiques?
R: La flambée de fièvre Ébola en 1999-2000 en Ouganda en est un exemple, avec l’intégration du modèle culturel et des pratiques des Acholi ; la flambée en République démocratique du Congo en 2001 en est un autre. Plus généralement, il semble qu’il y ait eu un infléchissement politique dans plusieurs organismes et l’OMS, par exemple, essaie désormais systématiquement d’intégrer les coutumes locales dans toutes les interventions contre les flambées.

Q: Quelles sont les éléments moteurs sur le long terme pour ces maladies?
R: Il nous faut rassembler de nombreuses causes et effets, mais certains ont trait aux dynamiques environnementales et socio-écologiques sur le long terme. La déforestation due à l’agriculture et à l’abattage des arbres, la consommation et le commerce du gibier peuvent alimenter les fièvres hémorragiques en rapprochant les populations des vecteurs secondaires et des réservoirs animaux dans les forêts. Le changement climatique joue un rôle en influant sur la dynamique des limites forestières. La pauvreté et les inégalités, parfois intensifiées par les conflits, peuvent également occasionner des problèmes, comme le déclin des systèmes de santé et des hôpitaux bondés. Les établissements de mauvaise qualité sont également bien connus pour être des facteurs clefs d’amplification des infections à virus Ébola, tandis que les installations humaines surpeuplées et mal construites, liées à des communautés appauvries et en proie à des conflits, fournissent les conditions idéales de l’exposition à la fièvre de Lassa.

Q: Peut-on se servir de la crainte viscérale de la fièvre Ébola d’une manière positive pour élaborer une action efficace contre d’autres maladies?
R: Le sensationnalisme autour de la fièvre hémorragique à virus Ébola est dû à la crainte qu’elle inspire. Mais il y a des moyens grâce auxquels nous pouvons tirer profit des ressources et des expériences pour nous occuper d’autres priorités sanitaires, en insistant par exemple sur des pratiques sûres pour la manipulation des liquides biologiques dans le cadre de la prévention des maladies infectieuses en général. Nous devons également faire attention à ce qu’une flambée en particulier ne nous distraie pas de l’action intégrée à mener contre les problèmes de santé. Il arrive que des populations qui vivent dans des zones suscitant soudainement l’attention de la communauté internationale à cause d’une flambée de fièvre Ébola, soient confrontées à d’autres problèmes, infection à VIH, paludisme, diarrhées, etc., qui sont beaucoup plus importants pour eux dans leur vie quotidienne.
Nous avons interrogé le professeur Melissa Leach alors qu’elle a été invitée à intervenir dans le cadre d’une série de séminaires à l’Organisation mondiale de la Santé sur l’histoire mondiale de la santé.

http://www.who.int/bulletin/volumes/88/7/10-030710/fr/index.html

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3 – Une approche RNAi ouvre la voie vers un premier traitement contre le virus Ebola

La technique des ARN interférents qui consiste à bloquer l’expression d’un gène est très utilisée en biologie fondamentale mais se voit de plus en plus utilisée dans le domaine thérapeutique. Une équipe de l’U.S. Army Medical Research Institut of Infectious Diseases (USAMRIID) [1] en collaboration avec une société de biotechnologie basée à Washington, AVI BioPharma [2], a obtenu des résultats encourageants en utilisant le principe des ARN interférents (ou ARN antisens) dans une approche thérapeutique contre le virus d’Ebola et la maladie de Marburg.

Le virus Ebola
Le nom du virus Ebola vient du nom d’une rivière de la République Démocratique du Congo. C’est dans un hôpital à proximité de cette rivière, que fut découvert, le 1er septembre 1976, le virus Ebola. Il s’agit d’une fièvre hémorragique foudroyante qui touche l’homme, les primates et d’autres mammifères, ce qui rend son expansion très rapide. Depuis sa découverte en 1976, 1850 cas ont été recensés et plus de 1200 se sont avérés mortels. Il n’existe aucun traitement efficace et l’évolution est habituellement fatale : selon la souche, le taux de mortalité peut atteindre les 90%.

Des antiviraux puissants comme la Ribavirine [1] ou l’utilisation d’interféron (stimulant le système immunitaire) n’ont pas d’effets contre la maladie. La transmission se fait généralement par contact direct avec les liquides organiques d’une personne ou d’un animal infecté (sang, excrétion, salive) mais également par des gouttelettes ou des particules aérosols. Les origines des épidémies sont les grands singes aux abords des forêts équatoriales ou les morsures de chauve-souris, ces dernières étant porteuses saines [2].

Les premiers symptômes de la fièvre hémorragique sont les mêmes que nos symptômes grippaux tels que fièvre, céphalées, myalgies, fatigue. Cependant, d’autres symptômes comme des vomissements, diarrhées, éruptions cutanées apparaissent rapidement accompagnés aussi d’une insuffisance rénale et hépatique. Les signes hémorragiques sont la phase finale de l’évolution : le corps subit une sorte de liquéfaction.

La période virale varie de 5 à 12 jours en général. Une semaine après le début des symptômes, les particules virales envahissent le sang et très largement les cellules de la personne infectée, ce qui entraîne le début de la désagrégation des organes. Ceci provoque des hémorragies interne et la mort survient peu de temps après par choc cardio-respiratoire dû a une hypovolémie [3].

Le virus fait partie des virus à ARN simple brin de polarité négative. Comme tous les virus il a besoin d’infecter une cellule afin d’utiliser les enzymes nécessaires à sa multiplication. Lorsque suffisamment de virions sont produits au sein d’une cellule infestée, celle-ci est lysée [4] et libère ainsi les nouveaux virions (particules virales). Le pouvoir infectieux est grand car 5 à 10 virions d’Ebola suffisent à déclencher une amplification du virus dans un autre individu (sachant qu’une seule cellule infectée peut produire plusieurs centaines de virions).

La recherche sur le virus Ebola est très onéreuse et compliquée car les études et la conservation du virus doivent être réalisées dans des laboratoires de niveau de sécurité IV, qui est le niveau de confinement maximal [5], (pour comparaison, le virus HIV est manipule dans un laboratoire de niveau de sécurité III). Dans ce type de laboratoire sont conservés et étudiés les agents pathogènes humains pour lesquels il n’existe pas de traitements ni de vaccins et qui sont transmissibles par voie aérienne.

Les services de sécurité américains s’intéressent avec beaucoup d’attention à cette maladie notamment dans le cadre du bioterrorisme. En 1992, une secte japonaise “Aum Shinriko” se faisant passer pour une mission humanitaire avait tenté de se procurer le virus pendant une épidémie au Zaïre.

La maladie de Marburg

Le virus de Marburg est assez proche de celui d’Ebola et appartient au même groupe taxonomique (famille des filoviridea, virus a ARN monocaténaire) cependant il est moins létal. La mortalité chez l’homme est comprise entre 50 et 60%. Il induit lui aussi une fièvre hémorragique et ses symptômes apparaissent de manière brutale (fièvre, céphalées, myalgie, vomissements, diarrhées, conjonctivite, atteinte hépatique). L’incubation dure 4 à 9 jours. Les complications possibles comprennent une atteinte du système nerveux central, une inflammation du myocarde, ainsi qu’une CIVD (coagulation intravasculaire disséminée, i.e le sang devient incoagulable et des hémorragies surviennent). Comme pour Ebola, il n’existe à ce jour encore aucun vaccin, ni traitement. La prise en charge clinique consiste uniquement de traitements symptomatiques (réhydratation, transfusion de sang, maintient de l’équilibre électrolytique [6].)

Approche méthodologique et conclusions de l’étude

Les études publiées par l’USAMRIID ont montré que le traitement par ciblage spécifique des séquences virales du virus Ebola par des ARN interférents spécifiques permet de protéger des singes récemment infectés par le virus Ebola.

Les premières études, sur souris et cochon d’inde, ont au préalable, permis de déterminer la meilleure séquence à cibler. Le ciblage d’une séquence nommée AVI-6002 a démontré une capacité à induire un taux de survie de plus de 90% des animaux traités pré ou post exposition à Ebola. Lorsque l’équipe de recherche a poussé ces investigations sur des primates, cinq des huit singes rhésus ayant ete traites par cette approche ont survécu a l’infection par le virus Ebola. Pour la maladie de Marburg, une séquence appelée AVI-6003, qui avait démontré un taux de 90% de survie chez les souris et cochons d’inde a, quant à elle, permit la survie de la totalité des 12 singes cynomolgus dans les mêmes conditions expérimentales.

Ces premiers résultats obtenus sur les animaux sont très encourageants et ouvrent des perspectives très prometteuses quant au développement d’un traitement efficace contre l’infection par les virus responsables de fièvres hemorragiques. Il est intéressant de remarquer qu’il serait possible d’utiliser ces molécules sous forme d’aérosol nasal, ce qui rendrait leur conditionnement moins onéreux et permettrait une utilisation rapide et économique. D’après les premières études, l’ARN antisens s’est montré efficace avant et après exposition, ce qui permettrait à ce traitement potentiel de soigner les patients dès leurs premiers symptômes mais également d’être utilisé en prévention, notamment pour le personnel soignant.

Aux vues des résultats encourageants, et d’un premier espoir de traitement d’Ebola, les auteurs de ces recherches ont obtenu un accord de part la Food and Drug Administration (FDA) pour commencer des études cliniques sur des malades porteurs du virus avec les séquences AVI-6002 et AVI-6003. Notons que le même type d’approche est actuellement utilisée dans le cas du virus de la grippe, dans le but de limiter les besoins de vaccinations par voie conventionnelle.


[1] Ribavirine : Antiviral à spectre large, analogue de base guanine.
[2] Porteur sain : Désigne un individu infecté par un micro-organisme ou un virus pouvant transmettre l’infection mais ne présentant pas les signes cliniques de celle-ci.
[3] Hypovolémie : Diminution dramatique du volume sanguin, induisant une chute de la pression artérielle, un collapse des vaisseaux sanguins. Mort rapide si l’hypovolémie n’est pas prise charge.
[4] Lyse cellulaire : destruction de l’intégrité de la membrane cellulaire induisant la mort de la cellule.
[5] Il n’existe qu’un seul laboratoire de classe IV en France, il s’agit du laboratoire Jean Mérieux, situé à Lyon.
[6] Equilibre électrolytique : équilibre entre l’apport et l’excrétion d’ions (sodium, potassium, chlore) contenus dans les fluides tels que le plasma, liquide interstitiel et le cytoplasme contenue dans les cellules.

http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/65011.htm


4 – Une avancée significative dans la recherche contre l’Ebola

Ebola est un des virus les plus dangereux au monde. Depuis son apparition en 1976, le virus a été à la source d’une demi-douzaine de violentes épidémies survenues en Afrique de l’Ouest, notamment au Gabon, en République du Congo et en République démocratique du Congo, au Soudan et en Ouganda.
On a constaté récemment que le virus Ebola pouvait se transmettre à l’homme lors des manipulations d’animaux, vivants ou morts, porteurs du virus. En effet, la source de la plupart des épidémies est connue par les chercheurs, mais pour mieux comprendre comment l’Ebola circule et se transmet à l’homme, des chercheurs ont mené une vaste étude au Gabon.

Les chercheurs de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et leurs partenaires du Centre international de recherches médicales de Franceville au Gabon se sont penchés sur le sujet en effectuant une vaste étude sérologique pendant trois ans. On a pu prélever et analyser plus de 4000 échantillons de sang pour détecter la présence des anticorps contre Ebola.

Les résultats sont étonnants, 15,3% de la population gabonaise possèdent des anticorps contre le virus Ebola, selon le chercheur Eric Leroy du centre de recherches médicales de Franceville au Gabon. Dans certains villages qui se trouvent dans les zones forestières du Gabon, 33,80% de la population sont immunisés naturellement contre l’Ebola.

Les chercheurs estiment que ces porteurs sains ont été en contact avec le virus, probablement via des fruits contaminés par la salive de chauves-souris infectées, car il faut savoir que seuls ces animaux et les grands singes, qui vivent dans la forêt, loin des hommes, sont connus pour être des réservoirs naturels de ce virus mortel. Ces personnes immunisées n’ont apparemment jamais eu de symptômes spécifiques de la maladie.

Selon les hypothèses des chercheurs, ces personnes se sont immunisées contre le virus en développant une forme légère de la maladie ou en développant une forme de la maladie, mais qui serait sans symptômes et que ces personnes sont devenues au fil du temps des porteurs sains de l’Ebola. Cependant, les chercheurs excluent l’idée que ces porteurs sains sont des survivants des épidémies passées, car le taux de mortalité de l’Ebola est très élevé, et trouver des survivants après une épidémie d’Ebola est très rare.

Actuellement, il n’existe aucun traitement curatif contre l’Ebola, mais les fruits contaminés par la salive de chauves-souris infectées seraient donc un vaccin naturel. Cette nouvelle information est une étape importante pour le développement d’un futur vaccin qui, on l’espère, sera disponible pour les populations vivant dans les zones de propagation de ce virus mortel.

http://www.stop-sante.com/une-avancee-significative-dans-la-recherche-contre-l%E2%80%99ebola.html

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5 – Une immunité naturelle contre Ebola ?

Une part étonnamment élevée de la population gabonaise pourrait être immunisée contre le virus Ebola : 15,3% possèdent des anticorps, sans apparemment jamais avoir eu de fièvre hémorragique ou autres symptômes spécifiques de la maladie (diarrhées sévères, vomissements…). Les chercheurs de l’IRD et leurs partenaires( 1) viennent de découvrir ce grand nombre de porteurs sains parmi les gabonais, même dans des zones où aucune épidémie ne s’est jamais déclarée. Ces personnes ont donc été, par le passé, en contact avec le virus, probablement via des fruits contaminés par la salive de chauves-souris( 2), supposent les scientifiques.

Les épidémies de fièvre Ebola sévissent en Afrique centrale depuis plus de 30 ans. Aujourd’hui les chercheurs savent que les chiroptères, suspectés d’être le réservoir naturel du virus, peuvent contaminer directement l’homme. Mais les mécanismes exacts de la contamination humaine demeurent incertains. Cette étude apporte un éclairage nouveau sur la circulation d’Ebola dans la nature et sur sa dangerosité pour l’homme, qui pourrait s’avérer moindre que prévu.

Depuis le premier cas recensé en 1976, la fièvre Ebola foudroie épisodiquement les humains et les grands singes au Gabon, en République du Congo et en République démocratique du Congo, au Soudan et en Ouganda. Le réservoir naturel du virus (les chauves-souris) et la source de la plupart des épidémies sont désormais connus. Mais comment l’homme est-il contaminé exactement ? Pourquoi une épidémie se déclare-t-elle ou non ? Fait surprenant, les chercheurs de l’IRD et leurs partenaires( 1) viennent de découvrir qu’une part très importante de la population gabonaise est immunisée contre la maladie : 15,3% possèdent des anticorps contre Ebola, même dans des zones où aucune épidémie n’a été recensée . Ces résultats signifient que ces personnes ont été exposées au virus mais n’ont jamais présenté les signes cliniques de l’infection.

A la recherche des anticorps
Afin de mieux comprendre comment Ebola circule et se transmet à l’homme, les chercheurs ont mené une vaste étude sérologique, la plus importante à ce jour concernant ce virus. Pendant trois ans, une équipe multidisciplinaire (médecins, épidémiologistes, virologistes, vétérinaires et techniciens de laboratoire) a passé au crible la population rurale à travers tout le Gabon, un pays caractérisé par des zones épidémiques et d’autres épargnées par la fièvre. Plus de 4 000 échantillons de sang ont été analysés pour détecter la présence des anticorps contre Ebola. Avec une moyenne de 15,3%, la plus haute valeur rapportée à ce jour pour cette maladie, le taux de prévalence( 3) varie de manière significative d’une région à l’autre. Les zones de savane et de plaines affichent des taux intermédiaires, respectivement de 10,5 et 12,4%. Dans les régions lacustres, seuls 2,7% des habitants possèdent les anticorps, tandis que dans les zones forestières le taux atteint 19,4%, et jusqu’à 33,8% dans certains villages.

Une véritable immunité contre Ebola
Les chercheurs ont ensuite exploré le statut immunitaire des personnes porteuses d’anticorps, une première pour cette maladie. Tout d’abord, l’équipe de recherche a montré que les anticorps réagissaient spécifiquement contre une ou plusieurs protéines du virus. Ces individus ont donc bien développé des anticorps spécifiques contre Ebola. Ensuite, les tests in vitro ont mis en évidence une augmentation significative des lymphocytes T8 (globules blancs qui détruisent les cellules infectées) produisant la cytokine IFN-g, une molécule du système immunitaire. Cette mémoire immunitaire spécifique au virus Ebola est similaire à celle générée par des vaccins qui se sont montrés efficaces contre Ebola chez les animaux lors de précédentes études. Cette similitude interpelle les chercheurs : ces personnes sont-elles naturellement protégées contre une nouvelle infection ?

Des formes légères voire inapparentes de la maladie
Les taux d’immunité élevés sont la preuve biologique du contact des populations avec le virus Ebola. En effet, pour posséder les anticorps, ces porteurs sains ont dû être exposés par le passé au virus. Or, ceux-ci déclarent n’avoir jamais souffert de la maladie ou bien vivent dans une zone non épidémique. Bien que n’étant pas toujours associée à des hémorragies, Ebola entraîne de fortes fièvres, des diarrhées sévères et des vomissements, avec un taux de mortalité de 90%. Il est peu probable que de tels symptômes soient passés inaperçus. Les chercheurs déduisent donc que ces personnes n’ont probablement développé qu’une forme légère de la maladie ou alors une forme sans symptômes.

Les porteurs sains contaminés par les chauves-souris ?
Avec le taux de mortalité très élevé d’Ebola, la forte prévalence observée exclut l’hypothèse que les porteurs sains soient des survivants des épidémies passées. Etant donné qu’aucune forme clinique grave n’a été déclarée, une transmission d’homme à homme (via le sang, les vomissures et les diarrhées qui contiennent le virus) doit également être écartée.

Aucun facteur de risque n’a pu être identifié (sexe, âge, chasse, contact avec les animaux sauvages …), ce qui signifie que la source d’exposition est commune et située à proximité ou dans les villages. Seules trois espèces animales sont connues comme étant naturellement infectées par Ebola : les chimpanzés, les gorilles et les chauves-souris. Les grands singes vivant profondément dans la forêt, avec de rares contacts physiques avec les humains, ils ne sont probablement pas impliqués dans de tels taux de prévalence. En revanche, les chiroptères sont particulièrement abondants dans les régions forestières du Gabon, où les taux d’immunité sont justement les plus hauts. De plus, les chauves-souris perchent en grand nombre dans les arbres et consomment leurs fruits, en particulier dans et aux alentours des villages. Les habitants ont donc pu être en contact avec le virus en cueillant et en mangeant des fruits contaminés par la salive de ces animaux.

Comment et pourquoi des personnes n’ayant jamais eu de signes cliniques de l’infection ou vivant dans des zones épargnées par la maladie ont pu développer une immunité contre Ebola demeure incertain.
Mais ces travaux permettent de mieux comprendre l’épidémiologie du virus, les modes de contamination humaine et la naissance des épidémies en vue de mieux prévenir ces dernières.

1. Ces travaux ont été réalisés en collaboration avec des chercheurs du Centre International de Recherches Médicales de Franceville au Gabon.
2. De récentes études ont montré la présence du virus Ebola dans les fluides corporels comme la salive ou la transpiration.
3. La prévalence d’une infection est le nombre de personnes contaminées dans une population à un moment donné. Elle s’exprime généralement en pourcentage.

Rédaction DIC – Gaëlle Courcoux

http://www.ird.fr/la-mediatheque/fiches-d-actualite-scientifique/337-une-immunite-naturelle-contre-ebola

Un Commentaire

  1. philippe kamano 22 mars 2014 at 19 h 37 min - Reply

    je suis inquiet de la suite de cette maladie qui vient de tuer trois membres de ma famille. sos aider moi à sauver ceux qui resistent encore.

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