AMERIQUE LATINE/ MEXIQUE/ RELIGION CATHOLIQUE/ PAPE FRANCOIS : dénonciations, critiques et condamnations des fléaux (migrations forcées, drogues, violences, injustices…) qui ravagent le Mexique (voyage pastoral de François au Mexique)

Publié le 18 février, 2016 0 Commentaire »
AMERIQUE LATINE/ MEXIQUE/ RELIGION CATHOLIQUE/ PAPE FRANCOIS : dénonciations, critiques et condamnations des fléaux (migrations forcées, drogues, violences, injustices…) qui ravagent le Mexique (voyage pastoral de François au Mexique)

 

0.1 – « Pape François/ La jeunesse mexicaine doit se valoriser : Le Souverain Pontife a rencontré les jeunes du Michoacán, l’un des États du Mexique les plus touchés par la violence liée au trafic de drogue. Après avoir encouragé les familles à mettre de l’enthousiasme dans leur vie, les religieux à ne pas se résigner mais à « risquer pour changer les choses », c’est un grand message d’amour, de réconciliation et d’espoir que le pape François a livré aux jeunes du Michoacán, l’un des États du Mexique les plus touchés par la violence liée au trafic de drogue. Ils étaient plus de 100 000, mardi après-midi au stade José Maria Morellos y Pavon de Morelia, la capitale régionale, 50 000 à l’extérieur derrière les grilles.  Jamais le Pape n’avait été si « énergique » dans ses encouragements : « Allez-y jeunes… Vous êtes la richesse du Mexique, vous êtes la richesse de l’Église ! (…) Malgré toutes les difficultés, (…) je ne cesserai de vous le dire : ayez le courage de rêver ! Ne vous faites pas voler vos rêves ! (…) Richesse, espérance, dignité ! Répétons ensemble… ». »

 

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0.2 – « Mexique/ le pape François dénonce la «tragédie humaine» des migrations forcées : Le pape François a quitté le Mexique mercredi après une messe transfrontalière inédite, célébrée devant plusieurs dizaines de milliers de personnes. Le voyage du pape François au Mexique, un séjour historique de cinq jours, aura été jalonné de symboles autour des thèmes de la violence, de la pauvreté, des indigènes et des migrants. A Ciudad Juarez, mercredi, peu avant de monter dans l’avion le ramenant à Rome, le pape a ainsi évoqué les visages des enfants mexicains croisés au cours de son périple : «Je vous assure que j’ai failli pleurer de voir tant d’espoir dans une nation qui a autant souffert», a-t-il déclaré. Il s’était précédemment recueilli symboliquement près d’une grande croix située à l’extrémité d’une rampe surplombant la frontière, d’où il a adressé sa bénédiction à des fidèles situés de l’autre côté du grillage au Texas. »

  

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1 – Mexique : le pape François dénonce la «tragédie humaine» des migrations forcées

 

Le pape François a quitté le Mexique mercredi après une messe transfrontalière inédite, célébrée devant plusieurs dizaines de milliers de personnes. Le voyage du pape François au Mexique, un séjour historique de cinq jours, aura été jalonné de symboles autour des thèmes de la violence, de la pauvreté, des indigènes et des migrants. A Ciudad Juarez, mercredi, peu avant de monter dans l’avion le ramenant à Rome, le pape a ainsi évoqué les visages des enfants mexicains croisés au cours de son périple : «Je vous assure que j’ai failli pleurer de voir tant d’espoir dans une nation qui a autant souffert», a-t-il déclaré. Il s’était précédemment recueilli symboliquement près d’une grande croix située à l’extrémité d’une rampe surplombant la frontière, d’où il a adressé sa bénédiction à des fidèles situés de l’autre côté du grillage au Texas. Il y a également déposé trois bouquets de fleurs, dont l’un devant des chaussures de migrants décédés durant leur périple.

 

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Jorge Bergoglio a ensuite célébré devant plus de 300.000 fidèles une ultime messe qui était également retransmise dans un stade de El Paso au Texas (Etats-Unis), par delà le Rio Bravo, où plusieurs dizaines de milliers de personnes avaient pris place. De nombreux fidèles étaient arrivés très tôt le matin, arborant des tee-shirts “J’aime le pape”. Certains «latinos» étaient venus des États-Unis pour assister à la messe. Le pape a plaidé pour un Mexique pacifié, «sans trafiquants de la mort» et sans émigration, appelé les Mexicains à ne pas se «résigner» face à la violence, d’agir et d’«oser rêver», tout en pressant les responsables politiques d’apporter une «sécurité effective».

 

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_ «Plus de mort, ni d’exploitation ! Il est encore possible de changer»

«On ne peut ignorer la crise humanitaire de ces dernières années qu’a provoqué la migration de milliers de personnes, que ce soit par le train, la route ou même à pied, traversant des centaines de kilomètres à travers les montagnes, les déserts, les chemins inhospitaliers. Cette tragédie humaine que représente la migration forcée est aujourd’hui un phénomène global», a déclaré le pape dans son homélie à Ciudad Juarez.

«Face à tant de vides légaux, se tient un réseau qui attrape et détruit les plus pauvres. Non seulement ils souffrent de la pauvreté mais en plus de ces formes de violences. Injustice qui se radicalise chez les jeunes, eux, la “chair à canon”, sont poursuivis et menacés quand ils tentent de sortir de la spirale de la violence et de l’enfer des drogues. Et que dire de toutes ces femmes à qui on a retiré injustement la vie !», a ajouté François. «Plus de mort, ni d’exploitation ! Il est encore possible de changer», a-t-il enfin lancé à la foule enthousiaste.

 

Dans la matinée, il avait visité un centre pénitentiaire accueillant 3.000 détenus, qui fut jadis l’un des plus dangereux d’Amérique latine, où il avait déclaré que la prison n’était pas la seule solution à «l’insécurité» et invité les détenus à se faire «prophètes» de la paix dans la société. Cette visite intervenait quelques jours après des violences entre détenus qui avaient fait 49 morts dans une prison de Monterrey (nord-est).

 

Leparisien.fr avec AFP/  18 Févr. 2016/ MAJ :

 

http://www.leparisien.fr/pape-vatican/mexique-le-pape-francois-denonce-la-tragedie-humaine-des-migrations-forcees-18-02-2016-5556889.php

 

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2 – Au Mexique, le pape François appelle à lutter contre les narcotrafiquants

 

La visite du pape François au Mexique continue d’être marquée par les thèmes de la sécurité et la lutte contre les trafics de drogue.  Le pape entame ainsi dimanche, au lendemain de son arrivée à Mexico, une visite des lieux les plus problématiques et dangereux du Mexique, en se rendant à Ecatepec, cité tristement célèbre pour son taux élevé de féminicides. Il y est attendu par des milliers de personnes, qui ont passé la nuit sur place malgré le froid pour pouvoir assister à la messe du lendemain. Des centaines de policiers et de militaires sont mobilisés pour éviter tout débordement.

Cette ville surpeuplée, ancien siège d’une éphémère «Republica de Indios» au XVIe siècle, à 30 km de Mexico, a détrôné Ciudad Juarez et ses alentours désertiques, où les disparitions et homicides de femmes étaient les plus nombreux dans les années 90. Le pape se rendra d’ailleurs mercredi dans cette ville à la frontière avec les Etats-Unis.

 

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_ Lutter contre les «métastases» du trafic de drogue
A Ecatepec, le pape célèbrera la grande messe dominicale devant la foule, et prononcera la prière de l’Angelus, occasion traditionnelle pour lui de lancer des appels pour des causes qui lui tiennent à coeur. Il pourrait ainsi évoquer ces violences contre les femmes et le trafic de drogue, contre lequel il a déjà demandé aux évêques de se mobiliser.  Samedi, François les a notamment invités à ne pas se comporter en «princes» et à montrer un «courage prophétique» contre les «métastases» du trafic de drogue, au lieu de se contenter de «simples dénonciations». Le pape a aussi appelé la classe politique à apporter une «justice réelle» et une «sécurité effective» à la population, alors que le pays, en proie à une violence endémique, est endeuillé par une bataille entre deux clans rivaux qui a fait 49 morts dans la prison de Monterrey.

 

Jorge Bergoglio a aussi poussé les dirigeants mexicains à abandonner leurs privilèges. «Chaque fois que nous cherchons la voie des privilèges et des bénéfices pour quelques-uns, tôt ou tard, la vie de la société devient un terrain fertile pour la corruption, le trafic de drogue, l’exclusion des différentes cultures, la violence, le trafic d’êtres humains, les enlèvements et la mortEcatepec est le premier de plusieurs lieux sensibles qu’a choisi de visiter le pape dans les trois jours suivants : Tuxtla Gutierrez et San Cristobal de Las Casas, deux villes du Chiapas très pauvre et longtemps rebelle, à la frontière guatémaltèque; puis la ville de Morelia, où des milices d’autodéfense résistent au pouvoir de barons de la drogue; et enfin Ciudad Juarez, une région dangereuse, où les migrants sont victimes de violences quand ils cherchent à rejoindre la frontière américaine.

 

De retour d’Ecatepec, le pape devrait se rendre dans la soirée dans un hôpital pédiatrique, la clinique «Federico Gomez» à Mexico. Les hôpitaux et centres pour enfants, de la Corée du Sud à la Centrafrique et aux Philippines, sont des lieux que Jorge Bergoglio cherche à visiter. La visite au Mexique est d’ores et déjà un succès. Selon Federico Lombardi, environ un million de personnes étaient rassemblées samedi le long des avenues de la capitale pour apercevoir le souverain pontife.

 

Leparisien.fr avec AFP/ 14 Févr. 2016/ MAJ :

 

http://www.leparisien.fr/pape-vatican/au-mexique-le-pape-francois-appelle-a-lutter-contre-les-narcotrafiquants-14-02-2016-5544005.php

  

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3 – Pape François : « La jeunesse mexicaine doit se valoriser »

 

Le Souverain Pontife a rencontré les jeunes du Michoacán, l’un des États du Mexique les plus touchés par la violence liée au trafic de drogue. Après avoir encouragé les familles à mettre de l’enthousiasme dans leur vie, les religieux à ne pas se résigner mais à « risquer pour changer les choses », c’est un grand message d’amour, de réconciliation et d’espoir que le pape François a livré aux jeunes du Michoacán, l’un des États du Mexique les plus touchés par la violence liée au trafic de drogue. Ils étaient plus de 100 000, mardi après-midi au stade José Maria Morellos y Pavon de Morelia, la capitale régionale, 50 000 à l’extérieur derrière les grilles.

 

Jamais le Pape n’avait été si « énergique » dans ses encouragements : « Allez-y jeunes… Vous êtes la richesse du Mexique, vous êtes la richesse de l’Église ! (…) Malgré toutes les difficultés, (…) je ne cesserai de vous le dire : ayez le courage de rêver ! Ne vous faites pas voler vos rêves ! (…) Richesse, espérance, dignité ! Répétons ensemble… ».

Mais « on ne peut pas vivre l’espérance, sentir l’avenir si on ne parvient pas d’abord à se valoriser », leur a dit le Pape, si on ne parvient pas à sentir que sa vie, ses mains, son histoire en valent la peine ». Il faut expérimenter que tout n’est pas perdu – se dire : « Tout n’est pas perdu. Je ne suis pas perdu, je vaux, et je vaux beaucoup », a martelé François – et pour cela reconnaître les pièges dans lesquels il ne faut pas tomber  comme : « Croire les discours qui te dévalorisent, qui te font sentir être de seconde catégorie ».

 

La principale menace contre l’espérance, a-t-il poursuivi avec force, « c’est quand tu sens que tu ne comptes pour personne ou que tu es laissé de côté. La principale menace contre l’espérance, c’est quand tu sens que cela revient au même que tu sois là ou non. Cela tue, cela nous anéantit, et constitue la porte d’entrée à tant de souffrance. La principale menace contre l’espérance, c’est de te faire croire que tu commences à avoir de la valeur quand tu revêts des habits de marque, dernier cri, ou bien quand tu deviens célèbre, important parce que tu as de l’argent ; mais au fond, ton cœur ne croit pas que tu es digne d’affection, digne d’amour. La principale menace, c’est quand quelqu’un sent qu’il doit avoir de l’argent pour tout acheter, même l’affection des autres. La principale menace, c’est de croire qu’avoir une grosse voiture te rend heureux ».

 

L’espérance c’est Jésus, « c’est Lui qui renouvelle continuellement » notre regard, Lui qui « invite continuellement » à convertir notre cœur, a poursuivi le Pape. « C’est grâce à Lui que nous pouvons faire du chemin, c’est grâce à Lui que sans cesse nous pouvons recommencer  et pouvons nous encourager à dire : ce n’est pas vrai que la seule manière de vivre, de pouvoir être jeune, c’est de remettre sa vie entre les mains du narcotrafic ou de tous ceux qui ne font que semer la destruction et la mort.

 

C’est grâce à Lui que nous pouvons dire qu’Il n’est pas vrai que la seule manière dont doivent vivre les jeunes ici, c’est dans la pauvreté et dans la marginalisation, dans la marginalisation quant aux opportunités, dans la marginalisation quant aux espaces, dans la marginalisation quant à la formation et à l’éducation, dans la marginalisation quant à l’espérance. Jésus Christ est Celui qui dément toutes les tentatives de vous rendre inutiles, ou simples mercenaires des ambitions d’autrui. (…) Quand vous doutez de cela, regardez Jésus Christ ! »

Jésus, a conclu le Saint-Père, ne nous inviterait jamais à être des mercenaires, (…) ne nous enverrait jamais à l’abattoir, tout en lui est une invitation à la vie. Une vie en famille, une vie en communauté; une famille et une communauté en faveur de la société ».

 

Isabelle Cousturié /

 

http://fr.aleteia.org/2016/02/17/pape-francois-la-jeunesse-mexicaine-doit-se-valoriser/

 

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4 – À Mexico, le Pape appelle les évêques à s’opposer aux narcos

 

Le pape François était arrivé à Mexico vendredi soir en provenance de Cuba, pour sa première visite au Mexique en tant que chef de l’Église catholique. Le grand rendez-vous de la première journée du pape François à Mexico doit avoir lieu au sanctuaire de Notre-Dame-de-Guadalupe dans la soirée de samedi (entre minuit et deux heures du matin, heure de Paris). Mais, déjà dans la matinée, le souverain pontife a pu rencontrer les 130 évêques du Mexique. Parmi de multiples recommandations contenues dans un discours fleuve, il les a appelés avec une vraie vigueur à s’engager de façon très concrète dans chaque quartier, chaque famille, contre le commerce de la drogue parce qu’il est «une métastase qui dévore» le Mexique.

 

Évoquant les jeunes qui se laissent prendre dans le trafic de drogues, le Pape a affirmé qu’ils «se revêtent de macabres symboles pour commercialiser la mort en échange de trésor qu’en fin de compte les mites et la rouille dévorent». Entre 2007 et 2014, selon les chiffres officiels le Mexique a enregistré plus de 83.234 homicides liés au crime organisé, sans compter 20.000 personnes portées disparues pour les mêmes raisons. Soit une sinistre moyenne de plus de 14.000 morts annuels.

 

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«Je vous demande de ne pas sous-évaluer le défi moral et anticivique que représente le narcotrafic.»/ Le pape François aux 130 évêques du Mexique.

  

Aux pasteurs de l’Église catholique le Pape a donc déclaré: «Je vous demande de ne pas sous-évaluer le défi moral et anticivique que représente le narcotrafic pour la société mexicaine, y compris l’Église. La proportion du phénomène, la complexité de ses causes, l’immensité de son extension comme une métastase qui dévore, la gravité de la violence qui désagrège, tout comme ses connexions néfastes, ne nous permettent pas à nous, Pasteurs de l’Église, de nous réfugier derrière des condamnations génériques.»

 

D’où cet appel : «Tout cela exige un courage prophétique ainsi qu’un projet pastoral sérieux et de qualité, pour contribuer, progressivement, à resserrer ce délicat réseau humain, sans lequel tous, nous serions dès le départ vaincus par cette insidieuse menace». En commençant «par les familles», puis «en embrassant la périphérie humaine et existentielle des territoires dévastés de nos villes» tout «en impliquant les communautés paroissiales, les écoles, les institutions communautaires, les communautés» politiques, les structures de sécurité».

Conclusion de François: «C’est seulement ainsi qu’on pourra se libérer totalement des eaux dans lesquelles malheureusement se noient tant de vies, que ce soit celle de celui qui meurt comme victime, que ce soit celle de celui qui devant Dieu aura toujours du sang sur les mains, même s’il a les poches pleines d’argent sale et la conscience anesthésiée».

 

Par Jean-Marie Guénois / Publié

 

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2016/02/13/01016-20160213ARTFIG00200–mexico-le-pape-appelle-les-eveques-a-s-opposer-aux-narcos.php

 

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5 – Pape François : «Le profit et le capital ne sont pas au-dessus de l’homme»

 

Au dernier jour de son voyage au Mexique, le pape François a renouvelé sa critique du capitalisme tout en appelant syndicat et patronat à mieux dialoguer. Après avoir visité une prison dans la ville frontière avec les Etats-Unis, Ciudad Juarez, dans le nord du Mexique – dernière étape de son voyage dans ce pays de 120 millions d’habitants – le pape a rencontré des chefs d’entreprise et des responsables syndicaux. Il a renouvelé une forte critique du monde libéral et du capitalisme qu’il n’avait toutefois pas exprimée lors de son voyage aux Etats-Unis, en septembre dernier.

 

Très applaudi, François a insisté sur la nécessité du «dialogue» entre patronat et syndicats, «apparemment antagonistes» y compris sous la forme de «débat et de confrontation» mais qui est «l’unique manière» pour «tisser des relations durables» pour «reconstruire les liens sociaux si abimés par manque du respect du minimum nécessaire» pour offrir aux jeunes, «formation» et «travail durable et rémunéré» sans quoi se prépare «le meilleur terreau du cercle vicieux du narcotrafic et de la violence».

 

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«Dieu demandera compte aux ‘‘esclavagistes” d’aujourd’hui»/ Pape François

 

Mais, a regretté François, «le temps que nous vivons a imposé le paradigme de l’utilité économique comme principe des relations personnelles. La mentalité régnante prône le plus de profit possible, à n’importe quel prix et immédiatement. Non seulement elle provoque la perte de la dimension éthique des entreprises mais on oublie aussi que le meilleur investissement qu’on puisse faire est d’investir dans les gens, dans les personnes, dans leurs familles. Le meilleur investissement est de créer des opportunités.»

 

Par conséquent : «La mentalité régnante met le flux des personnes au service du flux des capitaux, provoquant, dans beaucoup de cas, l’exploitation des employés comme s’ils étaient des objets à utiliser et à jeter.» Mais «le flux du capital ne peut déterminer le flux et la vie des personnes» et «Dieu demandera compte aux ‘‘esclavagistes” d’aujourd’hui» a-t-il prévenu. Il a ensuite justifié l’intervention de l’Eglise sur ce terrain économique et social: «L’unique prétention de la doctrine sociale de l’Eglise est de veiller à l’intégrité des personnes et des structures sociales. Chaque fois que, pour diverses raisons, cette intégrité est menacée ou réduite à un bien de consommation, la doctrine sociale de l’Eglise sera la voix prophétique qui nous aidera tous à ne pas nous perdre dans la mer séductrice de l’ambition. (…) Et cela n’est contre personne, mais en faveur de tous. Chaque secteur a l’obligation de veiller au bien de l’ensemble ; nous sommes tous dans la même barque.»

 

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«Quelle atmosphère vont respirer ceux qui nous suivront ? Un air vicié par la corruption, la violence, l’insécurité et la méfiance ou, au contraire, un air capable de créer des alternatives ?»/ Pape François

 

En conclusion, le pape François a lancé une série de questions: «Quel monde voulons-nous laisser à nos enfants? (…) Veut-on léguer une mémoire d’exploitation, de salaires insuffisants, de harcèlement au travail? Ou bien léguer une culture de la mémoire d’un travail digne, d’un logement décent et d’une terre à travailler? Dans quelle culture voudrions-nous voir naître ceux qui nous suivront? Quelle atmosphère vont-ils respirer? Un air vicié par la corruption, la violence, l’insécurité et la méfiance ou, au contraire, un air capable de créer des alternatives?»

 

«Je sais que ce qui a été abordé n’est pas facile», a-t-il reconnu, mais «je sais aussi qu’il est pire de laisser l’avenir dans les mains de la corruption, de la sauvagerie, de l’injustice», ajoutant «il n’est pas souvent facile de mettre d’accord toutes les parties dans une négociation, mais je sais aussi que le manque de négociation ainsi que le manque de valorisation sont pires et finissent par nous causer plus de dommages». Certes, a-t-il encore reconnu «je sais qu’il n’est pas facile de s’entendre dans un monde toujours plus compétitif, mais il est pire de permettre au monde compétitif de finir par déterminer le destin des peuples. Le profit et le capital ne sont pas un bien au-dessus de l’homme, ils sont au service du bien commun. Et lorsque le bien commun est contraint à être au service du profit et du capital, jugés l’unique gain possible, cela s’appelle l’exclusion.»

 

Par Jean-Marie Guénois / Mis à jour

 

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2016/02/17/01016-20160217ARTFIG00401-pape-francois-le-profit-et-le-capital-ne-sont-pas-au-dessus-de-l-homme.php

  

 

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6 – Au Mexique, le pape prend la défense des Indiens

 

Antonio Luna Mendez a revêtu son manteau d’apparat en laine d’agneau noir pour assister, lundi 15 février, à la messe célébrée par le pape François dans la ville de San Cristobal de las Casas, au sud du Mexique. « Francisco nous respecte », se félicite ce Tzeltal quinquagénaire dans un espagnol approximatif. Comme lui, des milliers d’Indiens sont descendus des montagnes de l’Etat du Chiapas pour écouter le plaidoyer du souverain pontife en faveur du respect des cultures et des terres indigènes. L’enjeu est de taille pour le pape, dans une région où l’Eglise catholique perd du terrain face aux protestants et aux évangéliques.

 

C’est au son de marimbas que le pape a été accueilli par des dizaines de milliers de fidèles dans le complexe sportif de San Cristobal de las Casas, où 75 % des 160 000 habitants sont indiens. « Vos peuples ont été incompris et exclus de la société », a déclaré le pontife argentin, qui portait une mitre et une étole brodées de motifs indigènes. Sous une immense nef en plein air, il a appelé à « faire un examen de conscience » sur la condition des peuples indigènes. « Certains ont jugé inférieures vos valeurs, votre culture et vos traditions. D’autres, étourdis par le pouvoir, l’argent et les lois du marché, vous ont dépossédés de vos terres. » Dans la continuité de son discours prononcé en Bolivie en 2015, le pape a appelé à « demander pardon » aux peuples indigènes marginalisés depuis des siècles.

 

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_ Les trois quarts de la population sont pauvres

Enoncée devant une grande réplique de la façade baroque de la cathédrale de cette ville coloniale, son homélie a été accueillie avec émotion par la foule, composée en grande partie d’Indiens. Le Chiapas en compte la plus forte concentration (27 % de la population) dans un pays où 68 peuples indigènes représentent 16,9 millions de Mexicains (15,1 % de la population).

 

C’est dans cette région montagneuse qu’en 1994, l’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN), menée par le sous-commandant Marcos, s’était soulevée pour défendre les droits et la dignité des Indiens. Vingt-deux ans plus tard, les trois quarts de la population du Chiapas restent pauvres. Coiffé d’un chapeau tzotzil avec des rubans multicolores, José Diaz, paysan de 42 ans, remarque que « c’est la première fois qu’un pape défend à la fois les pauvres et la “Madre Tierra” (terre mère) ». Dans son homélie, le souverain pontife a tiré le signal d’alarme : « Nous ne pouvons plus faire la sourde oreille face à l’une des plus grandes crises environnementales de l’histoire. »

 

Célébrée devant un Christ noir placé à côté de la Vierge métisse de la Guadalupe et de sculptures de jaguars, sa messe de carême comportait de nombreuses lectures et chants liturgiques en langues indiennes. A la fin de la cérémonie, le pape s’est vu remettre par deux prêtres jésuites des Bibles traduites en tzeltal et en tzotzil. Un décret du Vatican vient d’autoriser l’utilisation des langues autochtones dans la liturgie. « Il était temps de mieux reconnaître les peuples indigènes, qui tournent le dos à l’Eglise », commente Alba Mayela, sœur franciscaine d’une congrégation située à une quarantaine de kilomètres au nord de San Cristobal de las Casas. Seuls 58 % des habitants du Chiapas se déclarent catholiques, contre 83 % au niveau national.

 

Indigenous musicians wait at the site where Pope Francis will celebrate Mass during his one-day visit in San Cristobal de las Casas, Mexico, Monday, Feb. 15, 2016. Francis is celebrating Mexico's Indians on Monday with a visit to Chiapas state, a center of indigenous culture, where he will preside over a Mass in three native languages thanks to a new Vatican decree approving their use in liturgy. The visit is also aimed at boosting the faith in the least Catholic state in Mexico. (AP Photo/Eduardo Verdugo)

 

_ Un quart d’évangéliques et pentecôtistes

« Les Indiens sont déçus par le clergé traditionnel, qui a longtemps privilégié les classes favorisées de la société, évitant notamment d’introduire des éléments culturels indigènes dans les messes, explique Bernardo Barranco, spécialiste du catholicisme au Centre d’études des religions du Mexique. Cet espace vide a été comblé par les églises évangéliques et pentecôtistes. » Leurs adeptes représentent déjà plus d’un quart des 4,8 millions d’habitants du Chiapas.

Le pape a déjeuné en compagnie de huit religieux indiens, avant de se recueillir sur la tombe de Samuel Ruiz (1924-2011) dans la cathédrale de la ville. Figure de la « théologie de la libération », surnommé affectueusement « Tatik » (« père » en langue tzeltal) par les Indiens, l’ancien évêque de San Cristobal de las Casas pendant près de quarante ans, jusqu’en 1999, a été un des acteurs majeurs de la lutte pour la valorisation des cultures originaires. Il a aussi été un acteur-clé des négociations de paix entre les zapatistes et le gouvernement.

 

Pour M. Barranco, « c’est un message fort envoyé à l’Eglise mexicaine et à celle de Rome, quand on sait à quel point Samuel Ruiz a été stigmatisé par le clergé conservateur mexicain, qui le taxait de “communiste” ». Sa mesure la plus controversée reste la nomination de centaines de diacres indiens, pour la plupart mariés. L’initiative avait provoqué un tollé au sein du clergé conservateur craignant qu’il s’agisse d’une première étape vers le mariage des prêtres. Au point que son successeur, Felipe Arizmendi, avait été contraint de suspendre la mesure. Une interdiction levée, en 2014, par le pape François.

 

Lundi, le pape a donné la communion à des diacres au cours d’une messe à laquelle les épouses de certains ont participé. Sebastian Pérez, indien tzotzil de confession presbytérienne, assistait à la cérémonie. Président de l’association Las Abejas de Acteal, du nom d’un village tzotzil où 45 personnes ont été massacrées en 1997 par des paramilitaires, il réclame justice depuis dix-huit ans : « Avec l’appui du pape, j’espère que ces changements religieux auront un impact sur la manière dont le gouvernement nous traite. »

 

LE MONDE/ 16.02.2016/ Mis à jour le Par Frédéric Saliba (San Cristobal de las Casas (Mexique), envoyé spécial)

 

http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2016/02/16/au-mexique-le-pape-prend-la-defense-des-indiens_4866197_3222.html

 

Pope Francis waves to the crowd after celebrating a Mass at San Cristobal de las Casas, Mexico February 15, 2016. (REUTERS/Edgard Garrido)

 

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7 – La messe surréaliste du pape François à la frontière entre le Mexique et les États-Unis

Le Pape, qui s’oppose à la politique nord-américaine visant à rendre encore plus étanche cette frontière, a conclu son voyage au Mexique en célébrant une messe géante pour promouvoir «les droits des migrants».

C’est au ras de la frontière avec les États-Unis que François a conclu, mercredi soir, son voyage au Mexique. L’autel où il a célébré une messe géante en plein air devant une immense foule se trouvait à moins de cent mètres des grillages et des barbelés, au long du Rio Grande, ou Rio Bravo, selon le pays où l’on se trouve, ce fleuve qui sépare les deux pays dans cette ville du nord du pays, Ciudad Juarez. Une Croix du migrant avait même été dressée au plus près de cette ligne sur un monticule, dominant la frontière, où François est allé se recueillir avant de commencer la messe, saluant au passage, des Mexicains qui suivaient l’office, derrière les grillages mais… côté États-Unis.

 

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_ Un message mondial sur l’immigration

François avait même ajouté au dernier moment, un paragraphe à leur intention dans son homélie qui a été très applaudie. «Aucune frontière ne pourra nous empêcher de partager l’amour miséricordieux que Dieu nous donne» furent donc les derniers mots d’un Pape qui s’oppose à la politique nord-américaine – un sujet majeur de la campagne électorale aux États-Unis -, visant à rendre encore plus étanche cette frontière avec le Mexique et toute l’Amérique Latine. Trente millions de Mexicains vivent actuellement aux États-Unis sans compter les autres nationalités sud-américaines.

 

Situation surréaliste donc pour une messe, mais situation désirée par François pour faire passer un message mondial sur la question de l’immigration. Comme il l’avait fait au début de son pontificat – ce fut son premier voyage hors du Vatican après son élection -, sur l‘île de Lampedusa en Méditerranée où il avait dénoncé «la globalisation de l’indifférence» sur cette question brûlante. De plus, Ciudad Juarez, ville symbole de l’immigration latino-américaine vers les USA, est le pont frontière que François avait pensé emprunter pour entrer aux États-Unis… Il s’était finalement rangé à l’avis de ses conseillers qui le persuadèrent qu’un tel geste frisait la provocation pour Washington.

 

En attendant, le Pape n’a pas mâché ses mots dans sa dernière homélie mexicaine et dernière grande prise de parole de son douzième voyage hors d’Italie. Le thème central était la miséricorde: «La miséricorde pénètre toujours le mal pour le transformer», a-t-il dit en garantissant qu’«il y a toujours une possibilité de changement» et qu’«il est temps de réagir et de transformer, de modifier et de changer, de convertir ce qui nous détruit comme peuple, ce qui nous dégrade comme humanité».

 

Commentant le prophète Jonas, le Pape a rappelé aux fidèles qu’il faut rester capable de «pleurer»: «Pleurer pour l’injustice, pleurer pour la dégradation, pleurer pour l’oppression. Ce sont des larmes qui peuvent ouvrir la voie à la transformation, ce sont les larmes qui peuvent attendrir le cœur» et modifier «l’attitude rigide et surtout d’indifférence face à la souffrance d’autrui» en provoquant une «rupture capable de nous ouvrir à la conversion».

 

«Ce sont des frères et des sœurs qui partent, chassés par la pauvreté et la violence, par le narcotrafic et par le crime organisé… Se déploie un réseau qui attrape et détruit toujours les plus pauvres»/ Pape François

 

Le Pape a alors appliqué cette vision biblique à la situation présente: «Ici, à Juárez, comme dans d’autres régions frontalières, des milliers de migrants centraméricains se sont concentrés, sans oublier les nombreux Mexicains qui cherchent aussi à passer ‘‘de l’autre côté”. Un passage, un parcours parsemé de terribles injustices: des personnes réduites en esclavage, séquestrées, victimes d’extorsion ; beaucoup de nos frères sont l’objet du trafic humain.»

 

Cette «crise» a-t-il fait remarquer, on peut toujours la mesurer avec des «chiffres» mais «nous voulons la mesurer par des noms, des histoires, par des familles». D’où ce plaidoyer: «Ce sont des frères et des sœurs qui partent, chassés par la pauvreté et la violence, par le narcotrafic et par le crime organisé. Face à de nombreux vides juridiques, se déploie un réseau qui attrape et détruit toujours les plus pauvres. Non seulement ils souffrent de la pauvreté, mais de surcroît ils souffrent de ces formes de violence. Une injustice qui se radicalise chez les jeunes, ‘‘chair à canon”, ils sont persécutés et menacés lorsqu’ils cherchent à sortir de la spirale de la violence et de l’enfer des drogues. Et que dire de tant de femmes auxquelles la vie a été arrachée!»

 

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_ Les associations, des «prophètes de la miséricorde»

Et ce cri du pape François: «Demandons à notre Dieu le don de la conversion, le don des larmes, demandons-lui d’avoir le cœur ouvert: Plus de mort ni d’exploitation! Il est toujours temps de changer». Il a encouragé, en conclusion, le travail de toutes les associations qui aident les migrants comme autant de «signes de lumière»: «Je connais le travail de nombreuses d’organisations de la société civile en faveur des droits des migrants. (…) Ils sont en première ligne, risquant souvent leur propre vie. Par leurs vies, ils sont des prophètes de la miséricorde, ils sont le cœur compréhensif et les pieds solidaires de l’Église qui ouvre ses bras et soutient.»

 

Mario Samaniego à 18 ans. D’origine mexicaine il vit aux États Unis de l’autre côté du fleuve mais une partie de sa famille attend du côté mexicain. Il est venu avec eux pour suivre la messe: «Le Pape nous aide, il nous rend plus proche les uns des autres alors que beaucoup de familles mexicaines vivent douloureusement cette séparation. Nous espérons que sa visite puisse aboutir à une réforme des lois sur l’immigration pour les assouplir.»

 

De notre envoyé spécial à Ciudad Juarez/ Par Jean-Marie Guénois / Mis à jour

 

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2016/02/18/01016-20160218ARTFIG00001-pape-francois-plus-de-mort-ni-d-exploitation.php

 

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8 – Pape François au Mexique : Pape dérangeant, diplomate pèlerin

 

Le pape a effectué les 14-18 février 2016 un périple pastoral qui l’a conduit à Cuba et au Mexique. Chacun a picoré ce qui lui convenait dans ce voyage comme dans les précédents. Chacun a donc laissé de côté ce qui lui paraissait incongru. S’agissait-il d’un déplacement diplomatique ? Oui, mais pour une part seulement. Le pape est chef d’Etat, responsable suprême du plus petit pays du monde, le Vatican. S’agissait-il d’un circuit à caractère religieux ? Bien évidemment. Ce mélange des genres n’est pas toujours facile à comprendre et à gérer, pour les observateurs politiques comme pour les acteurs de la vie catholique et chrétienne. Cette double dimension relève d’environnements différents. Ils sont pour François Ier sans doute complémentaires. Ce qu’ont bien entendu certains des interlocuteurs visités. Mais qui en dérange beaucoup d’autres.

 

Incontestablement, l’objet fondamental poursuivi par le pape au Mexique, comme hier en Centrafrique, à Cuba ou aux Etats-Unis, était d’ordre pastoral. Le catholicisme est contesté et érodé un peu partout, notamment par les évangélistes et les pentecôtistes en Amérique et en Afrique équatoriale ainsi que par la sécularisation des esprits en Europe. Il s’agit de relever ces défis en forçant les cadres de l’Eglise (catholique) à évangéliser, à sortir d’une pratique bureaucratique de leur foi. L’Amérique latine est pour le pape François l’axe d’une reconquête. Il est latino-américain et convaincu d’avoir été élu parce que ce continent est l’ultime bastion.

 

Il a manifestement bousculé la hiérarchie mexicaine en s’adressant au peuple catholique, aux familles, fussent-elles divorcées, à la jeunesse, aux autochtones et aux migrants, catégories traditionnellement tenues à distance des lieux d’autorité, laïques comme épiscopaux. Les différentes étapes de ce voyage mexicain ont été marquées par la volonté de toucher le plus grand nombre, les exclus et les plus pauvres. Le sanctuaire de la Guadalupe, la vierge brune, bannière du petit peuple. Ecatepec, banlieue ignorée de la capitale, victime de toutes sortes de désordres sociaux. San Cristobal de las Casas, épicentre du Mexique indigène, évêché de Samuel Ruiz, apôtre de la théologie de la libération, cœur des relégués en dépit des discours officiels valorisant, dans les livres, « la race de bronze ». Morelia, capitale du Michoacán, Etat bousculé par les rivalités entre narcotrafiquants. Ciudad Juarez enfin, dévastée par les guerres de proximité avec les Etats-Unis, symbole de la violence contre les migrants et contre les femmes.

 

Ce tour du Mexique qui n’avait rien de séduisant a effectivement déplu. Une publication catholique conservatrice, « Desde la Fe », a sévèrement critiqué le choix de ces étapes. Le cardinal archevêque de Mexico, qui personnifie l’Eglise installée dans ses meubles, complaisant dans un passé récent avec bien des personnages contestables [1], a été tenu à l’écart. Les autorités sermonnées chaque jour, rappelées à un examen de conscience sociale, ont essayé de capturer médiatiquement le pape. Le président Enrique Peña Nieto, membre d’un parti laïque et historiquement anti clérical, le PRI, a ouvert le palais présidentiel à un pape, pour la première fois [2].

 

François Ier s’est ainsi trouvé dans le lieu où ont été adoptées les premières lois de séparation de l’Eglise et de l’Etat, à quelques mètres de la chambre mortuaire de celui qui en avait été l’initiateur, le président Benito Juarez [3]. L’épouse du chef de l’Etat, Angelica Rivera, malencontreusement vêtue de blanc, a corrigé sa tenue pour servir de mentor insistant au pape en visite dans un hôpital d’enfants malades. Cela n’a pas empêché le pape de canoniser une victime des guerres religieuses de la fin des années 1920.

 

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La diplomatie sans doute, mais de surcroit. Et toujours accompagnée d’une orientation pastorale supérieure. L’étape cubaine, annoncée au dernier moment, en a déconcerté plus d’un. D’un baiser de paix entre pape et patriarche de toutes les Russies, le divorce de 1054 entre catholiques et orthodoxes aura été ringardisé, au risque sans nul doute assumé de faire grincer en Ukraine les dents des uniates. L’occasion a fait le larron. L’intérêt supérieur partagé est de défendre la chrétienté orientale, catholique comme orthodoxe, menacée dans le lieu d’origine commun, là où tout a commencé, ce qui suppose de fait un soutien, à tout ce qui peut l’empêcher, au régime de Damas et à son allié russe.

 

Cuba apparait une nouvelle fois comme un lieu de rencontre, de dialogue et de compromis. Le pape l’avait visité en 2015. Visite sanctionnant la normalisation de la vie chrétienne et catholique dans l’île. Visite saluant le rôle de Cuba dans le processus de paix colombien qui se déroule à La Havane. Visite confirmant le rôle de pont joué par le Vatican dans la réconciliation en cours des Etats-Unis avec Cuba. Cette osmose inattendue du communisme et de la religion ne peut que conforter tous ceux qui aux Etats-Unis souhaitent la levée de toutes les mesures d’embargo. Les secteurs républicains les plus réactionnaires et les Cubains de Miami les plus intransigeants ont été contraints d’avaler la pomme castriste avec la couleuvre papale.

 

Le pèlerinage mexicain a ouvert d’autres fronts diplomatiques. Deux des lieux symboliques visités par le pape, Ciudad Juarez et San Cristobal de las Casas, se trouvent aux bords extrêmes du pays. L’un donne sur les Etats-Unis et l’autre est une porte donnant sur l’Amérique centrale. Deux points géographiquement éloignés de plusieurs milliers de kilomètres, mais unis par un train au nom qui vaut toute explication, « La Bestia ». Le Mexique papal est un porte-avions qui doit ouvrir le passage aux plus défavorisés. « Tu es un pape latino-américain, tu nous comprends », lui a dit une jeune fille à San Cristobal de las Casas en présence de Mexicains bien sûr mais aussi de nombreux Guatémaltèques. François Ier a explicitement à leur intention cité une œuvre précolombienne, transfrontalière, le Popol Vuh.

 

« L’aube a fait son chemin », leur a-t-il dit, « pour les peuples qui ont marché dans les ténèbres de l’histoire ». A bon entendeur, salut. L’entendeur ce sont les secrétaires d’Etat (les ministres) désignés par le président Peña Nieto pour marquer le pape à la soutane dans chacune de ses étapes. A toutes fins utiles, bien que le responsable de la sécurité, (ministre adjoint de l’intérieur et des affaires religieuses), Humberto Roque Villanueva, ait déclaré, avant l’arrivée du pape, « les paroles du pape auront un effet incontestable sur la société mexicaine. Mais le gouvernement de la République n’a aucune crainte particulière ». A suivre…

 

Tribune/ 18 février 2016/ Par Jean-Jacques Kourliandsky

[1] Marcial Maciel, fondateur des Légionnaires du Christ.
[2] Mexique et Vatican ont rétabli leurs relations diplomatiques le 21 septembre 1992.
[3] Benito Juarez est mort en 1872 dans le Palais national, résidence officielle des chefs d’Etat.

 

http://www.iris-france.org/71961-francois-1er-au-mexique-pape-derangeant-diplomate-pelerin/

 

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