MONDE/ RELIGION CATHOLIQUE/ ARMENIE/ PAPE FRANCOIS : En Arménie, le pape dénonce le « génocide » des Arméniens

Publié le 26 juin, 2016 0 Commentaire »
MONDE/ RELIGION CATHOLIQUE/ ARMENIE/ PAPE FRANCOIS : En Arménie, le pape dénonce le « génocide » des Arméniens

 

0.1 – « Le Pape François en Arménie/ l’hommage aux victimes de 1915 : (RV) Au deuxième jour de son voyage en Arménie, le Pape s’est rendu ce matin au Mémorial de Tsitzernakaberd, dédié aux victimes du “Metz Yeghern”, le “Grand Mal”, c’est-à-dire le génocide arménien de 1915. Ce monument construit dans les années 1960, à l’époque soviétique, est devenu depuis l’indépendance de l’Arménie un symbole de la renaissance nationale, et un passage obligé pour tous les hôtes de marque accueillis dans le pays. »

 

Pope Francis visits the the Armenian Apostolic Church's Etchmiadzin Cathedral in Vagharshapat, Armenia, June 24, 2016. Credit: L'Osservatore Romano. Afficher l'image d'origine

 

0.2 – « Le Pape en Arménie/ construire sur la mémoire, la foi et l’amour miséricordieux : Le Pape François a célébré ce samedi 25 juin au matin une messe à Gyumri, une ville d’environ 150 000 habitants au nord-ouest de l’Arménie. Le Saint-Père a ainsi pu saluer les catholiques du nord de l’Arménie et des fidèles arméniens venus de la Géorgie voisine. Les habitants de cette ville bénéficient notamment de la présence des Missionnaires de la Charité (sœurs de Mère Teresa) et des sœurs arméniennes de l’Immaculée Conception, la seule congrégation féminine de l’Église arménienne catholique, dont le couvent accueillera le Pape François pour le déjeuner.

Devant quelques 20 000 personnes, il a exhorté à ne jamais se lasser d’«édifier des ponts d’union et de surmonter les barrières de séparation». Le Pape a également rappelé que l’«amour concret est la carte de visite du chrétien» et salué la foi chrétienne du peuple arménien, sa «respiration», «le cœur de sa mémoire». »

 

Afficher l'image d'origine

  

——————————————-

  

Afficher l'image d'origine

 

1 – Le Pape François en Arménie : Messe sur la Place Vartanants à Gyumri

 

Le Pape François a célébré ce samedi 25 juin au matin une Messe à Gyumri, une ville d’environ 150.000 habitants au nord-ouest de l’Arménie. Le Saint-Père a ainsi pu saluer les catholiques du nord de l’Arménie et des fidèles arméniens venus de la Géorgie voisine. Les habitants de cette ville bénéficient notamment de la présence des Missionnaires de la Charité (sœurs de Mère Teresa) et des sœurs arméniennes de l’Immaculée Conception, la seule Congrégation féminine de l’Église arménienne catholique, dont le couvent accueillera le Pape François pour le déjeuner.

 

Le Pape François a commencé son homélie en évoquant le souvenir tragique du séisme de 1988, qui avait dévasté la ville et fait des dizaines de milliers de morts. « Ils rebâtiront les ruines antiques, ils relèveront les demeures dévastées », a-t-il déclaré, en citant le Livre d’Isaïe. « En ces lieux, chers frères et sœurs, nous pouvons dire que se sont réalisées les paroles du prophète Isaïe que nous venons d’écouter.

 

Après les terribles destructions du tremblement de terre, nous nous trouvons ici aujourd’hui pour rendre grâce à Dieu pour tout ce qui a été reconstruit. » Invitant les fidèles à se demander « ce que le Seigneur nous invite à construire aujourd’hui dans la vie », le Pape a proposé « trois fondements stables » : Tout d’abord la « mémoire », la mémoire personnelle de notre relation avec Dieu, qui « nous a choisis, aimés, appelés et pardonnés », mais aussi « la mémoire du peuple ». « Les peuples ont en effet une mémoire, comme les personnes. Et la mémoire de votre peuple est très ancienne et précieuse. »

 

Évoquant la beauté des chants arméniens, dans lesquels « fusionnent les gémissements et les joies » de l’histoire nationale, le Saint-Père a rappelé aux Arméniens que Dieu s’est souvenu de leur fidélité à l’Évangile, de la primeur de leur foi, « de tous ceux qui ont témoigné, même au prix du sang, que l’amour de Dieu vaut plus que la vie ».

 

Pope Francis delivers his prayer, with Catholicos Karekin II sitting in the back, in the Republic Square in Yereven, Armenia, Saturday, June 25, 2016. Pope F...

 

Deuxième fondement : la « foi », qui ne doit pas être « enfermée dans les archives de l’histoire ». Permettre à la rencontre avec la tendresse du Seigneur « d’allumer la joie dans notre cœur nous fera du bien : une joie plus grande que la tristesse, une joie qui résiste même face à la souffrance, en se transformant en paix ».  Il ne faut pas avoir peur de s’engager à la suite de Dieu, car « Il nous connaît, il nous aime vraiment, et il désire libérer le cœur du poids de la crainte et de l’orgueil ».

 

Enfin, troisième fondement : « l’amour miséricordieux ». « C’est sur ce roc, sur le roc de l’amour reçu de Dieu et offert au prochain, que se fonde la vie du disciple de Jésus. Et c’est en vivant la charité que le visage de l’Église rajeunit et devient attrayant », notamment grâce à la fraternité entre les Églises. Répétant les paroles de Saint Jean-Paul II lors de sa venue en Arménie en 2001, le Pape François a rappelé que « l’unique concurrence possible entre les disciples du Seigneur est celle de voir qui est en mesure d’offrir l’amour le plus grand ! »

« Dieu demeure dans le cœur de celui qui aime ; Dieu habite là où on aime, surtout là où on prend soin, avec courage et compassion, des faibles et des pauvres, a rappelé le Saint-Père. On en a tant besoin : on a besoin de chrétiens qui ne se laissent pas abattre par les fatigues et ne se découragent pas à cause des adversités, mais qui soient disponibles et ouverts, prêts à servir. »

 

Le Pape a évoqué la figure de saint Grégoire de Narek, un moine arménien qu’il a élevé l’an dernier au rang de docteur de l’Église, et qu’il a qualifié de « parole et voix de l’Arménie ». « Grégoire de Narek est un maître de vie, parce qu’il nous enseigne qu’il est avant tout important de reconnaître que nous avons besoin de miséricorde et puis, face aux misères et aux blessures que nous percevons, de ne pas nous replier sur nous-mêmes », mais de nous ouvrir avec sincérité et confiance au Seigneur « Dieu miséricordieux et proche » « ami des hommes, feu qui dévore[…] les broussailles des péchés ».

 

A la fin de la Messe, le Pape a remercié les personnes qui, « avec beaucoup de générosité et d’amour concret, aident ceux qui se trouvent dans le besoin », Il a évoqué « l’hôpital d’Ashotsk, inauguré il y a 15 ans et connu comme l’”Hôpital du Pape” : né du cœur de Saint Jean-Paul II, il est encore une présence si importante et proche de quiconque souffre. »

Cette Messe en plein air devant 20.000 personnes était un évènement exceptionnel en Arménie, dont la tradition religieuse prévoit la célébration des cultes à l’intérieur des églises, et non pas à l’extérieur. Le Catholicos Karékine II a assisté à la Messe, avec les évêques de l’Église apostolique. Dimanche 26 juin, ce sera l’inverse : la délégation catholique assistera à la Divine Liturgie célébrée à Etchmiadzin.

 

Source : Radio Vatican (BH-CV)/ 25 juin 2016/  

 

http://www.chemindamourverslepere.com/archive/2016/06/25/le-pape-francois-en-armenie-messe-sur-la-place-vartanants-a-5819161.html

 

Faithful attend a mass celebrated by Pope Francis in Vartanants Square, in Gyumri, Armenia, Saturday, June 25, 2016. Pope Francis is in Armenia for a three-d...

 

——————————————-

  

Pope Francis signs a visitors' book during a commemoration ceremony for Armenians killed by Ottoman Turks, at the Tsitsernakaberd Memorial Complex in Yerevan, Armenia, June 25, 2016.
PHOTO: REUTERS

  

2 – Le Pape François en Arménie : l’hommage aux victimes de 1915

 

(RV) Au deuxième jour de son voyage en Arménie, le Pape s’est rendu ce matin au Mémorial de Tsitzernakaberd, dédié aux victimes du “Metz Yeghern”, le “Grand Mal”, c’est-à-dire le génocide arménien de 1915. Ce monument construit dans les années 1960, à l’époque soviétique, est devenu depuis l’indépendance de l’Arménie un symbole de la renaissance nationale, et un passage obligé pour tous les hôtes de marque accueillis dans le pays.

 

Le Pape est arrivé peu après 8h30 heure locale, accueilli comme dans plusieurs étapes de ce voyage à la fois par le président de la République arménienne et par le catholicos Karékine II. Entouré de ses hôtes, le pape s’est lentement dirigé vers la colonne de 44 mètres de haut, symbolisant la renaissance de l’Arménie, entouré de deux rangées de jeunes garçons et filles vêtus aux couleurs du Saint-Siège et de l’Église apostolique. Comme le protocole le prévoit pour tous les chefs d’État en visite en Arménie, le Pape a déposé une gerbe au pied de la colonne, et l’hymne du Saint-Siège a été joué par un orchestre militaire. Puis il a déposé devant la flamme éternelle deux roses, jaune et blanche, les couleurs du Vatican.

 

Ensuite le protocole civil a laissé la place à un temps liturgique. Les évêques de l’Église apostolique ont récité le Notre Père et un chœur a entonné un chant en hommage à saint Grégoire l’Illuminateur, “Hrashapar”. Ce chant inclut un Alleluia, signe de la Résurrection, de la victoire de la vie sur la mort. 

Des extraits de l’Évangile ont été lus, et le Pape a prononcé une courte prière d’intercession, en italien : «Seigneur, qui couronnes tes saints et accomplis la volonté de tes fidèles, et regardes avec amour et douceur tes créatures, écoute-nous des cieux de ta sainteté, par l’intercession de la sainte Mère de Dieu, par les suppliques de tous tes saints, et de ceux dont c’est aujourd’hui la mémoire. Écoute-nous, Seigneur, et prends pitié, pardonne-nous, expie et remet nos péchés. Rends-nous dignes de te glorifier, avec des sentiments de graces, avec le Père et l’Esprit Saint, maintenant et pour les siècles des siècles. Amen.»

 

Afficher l'image d'origine Afficher l'image d'origine

 

Une longue mélodie de deuil a été jouée par des musiciens, sous le regard ému du Saint-Père, et alors que le ciel dégagé laissait apparaitre le majestueux Mont Ararat à l’horizon. Le Pape a ensuite planté un arbre, et il a signé le livre d’or en écrivant ces mots : «Ici je prie, avec de la douleur dans le coeur, pour que jamais plus il n’y ait de tragédie comme celle-ci, pour que l’humanité n’oublie pas et sache vaincre la mal, avec le bien. Que Dieu concède au bien-aimé peuple arménien et au monde entier paix et consolation. Que Dieu cultive la mémoire du peuple arménien. La mémoire ne doit pas être annihilée ni oubliée, la mémoire est source de paix et de futur.»

 

Avant de partir, François a rencontré une dizaine de descendants d’Arméniens protégés par le Vatican dans les années 1920, sous le pontificat du Pape Pie XI. Une manifestation de la continuité de l’engagement du Saint-Siège auprès du peuple arménien. «Je prie ici, avec une douleur au cœur, pour que plus jamais n’existent de telles tragédies, pour que l’humanité n’oublie pas et sache vaincre le mal par le bien», a écrit le Saint-Père dans le livre d’or. «Que Dieu protège la mémoire du peuple arménien! La mémoire ne peut être étouffée ni oubliée! La mémoire est source de paix et d’avenir !»

 

(CV)/ Cyprien Viet/ 25-06-2016/

 

http://fr.radiovaticana.va/news/2016/06/25/le_pape_fran%C3%A7ois_en_arm%C3%A9nie__lhommage_aux_victimes_de_1915/1239889

 

Afficher l'image d'origine

 

——————————————-

 

Pope Francis, left, attends a ceremony at a memorial to Armenians killed by the Ottoman Turks in Yerevan, Armenia, Saturday, June 25, 2016. Pope Francis dema...

  

3 – À Erevan, le pape François dénonce explicitement le génocide arménien

 

À son arrivée à Erevan, vendredi 24 juin, et devant les autorités civiles arméniennes et le Corps diplomatique, le pape François est sorti de son texte pour dénoncer explicitement le génocide arménien, à la surprise générale. Le pape François a dénoncé « le génocide » des Arméniens en 1915/16 sous l’Empire Ottoman, prononçant pour la deuxième fois ce mot jugé inacceptable par la Turquie. « Cette tragédie, ce génocide a marqué malheureusement le début de la triste série des catastrophes immenses du siècle dernier », s’est exclamé au Palais présidentiel le pape qui s’adressait au chef de l’État, Serge Sarkissian, à la classe politique et au Corps diplomatique.

 

Le mot ne figurait pas dans son texte distribué à l’avance. Il l’avait prononcé une première fois au Vatican en avril 2015, déclenchant la colère d’Ankara. Les observateurs estimaient que le pape François ne prononcerait pas une nouvelle fois le mot « génocide », pour jouer l’apaisement. À l’échelle internationale, le génocide arménien de 1915 est l’un des quatre génocides reconnus par les instances des Nations unies, qui ont défini cette qualification depuis 1946.

 

La Croix/ La Croix, le 24/06/2016/ 

 

http://www.la-croix.com/Urbi-et-Orbi/Vatican/A-Erevan-le-pape-Francois-denonce-explicitement-le-genocide-armenien-2016-06-24-1200771303

 

Pope Francis writes a message in the guest book as he attends a ceremony at a memorial to Armenians killed by the Ottoman Turks in Yerevan, Armenia, Saturday...

 

——————————————–

 

 

  

4 – En Arménie, le pape dénonce le « génocide » des Arméniens

 

« Génocide » : le mot espéré par beaucoup d’Arméniens ne figurait pas dans le texte écrit. Le pape François l’a ajouté, à l’oral, au discours qu’il a prononcé devant le président arménien, Serge Sarkissian, vendredi 24 juin, au premier jour de sa visite en Arménie, pour définir le massacre de quelque 1,5 million d’Arméniens en 1915 et 1916 par les troupes ottomanes. « Cette tragédie, ce génocide, a-t-il dit, a inauguré malheureusement la triste liste des effroyables catastrophes du siècle dernier, rendues possibles par d’aberrantes motivations raciales, idéologiques ou religieuses, qui ont enténébré l’esprit des bourreaux au point qu’ils se sont fixé le dessein d’anéantir des peuples entiers. » Les autorités civiles, politiques et diplomatiques, réunies devant lui, l’ont applaudi debout.

 

Savoir si le chef de l’Eglise catholique allait répéter ce mot au cours de la seconde visite d’un pape dans ce pays qui a retrouvé son indépendance après la chute de l’Union soviétique était l’une des incertitudes avant son départ. Le pape François avait déjà employé ce terme le 12 avril 2015, dans la basilique Saint-Pierre de Rome, lors d’une cérémonie de commémoration des massacres. Il avait alors provoqué la colère d’Ankara, qui refuse de reconnaître ces tueries comme un génocide, les rangeant dans la catégorie de « faits de guerre » qui ont aussi touché des Turcs et minimise le nombre de victimes.

 

L’ambassadeur avait été rappelé pour consultation. Il est, depuis, revenu à Rome, mais il est fort probable qu’il soit à nouveau sollicité par les autorités diplomatiques turques. Au début du mois, l’ambassadeur turc en Allemagne avait, lui aussi, été rappelé après le vote par le Bundestag d’une résolution sur la « commémoration du génocide des Arméniens et autres minorités chrétiennes dans les années 1915 et 1916 ».

 

 

_ Le génocide déjà évoqué par Jean Paul II

Par cette déclaration, le pape François n’introduit pas une nouveauté dans la position du Saint-Siège. Le mot génocide figurait déjà dans deux déclarations communes signées par Jean Paul II et le chef de l’Eglise apostolique arménienne, Karékine II, en 2000 et en septembre 2001, lors de la visite du pape polonais en Arménie. Mais il innove en prononçant ce mot, qui plus est, cette fois, en Arménie même, tout près de la frontière turque. En outre, contrairement à 2015, il n’a pas cité la formule de 2001 mais il a repris le mot à son compte. Samedi, le pape devait se rendre au mémorial du génocide. Quelques instants avant que François prenne la parole, Serge Sarkissian avait lui aussi parlé de« génocide » et expliqué pourquoi : « Nous voulons simplement que les choses soient appelées par leur nom, car cela permettra à deux peuples voisins de se diriger vers une véritable réconciliation et de partager un avenir prospère ».

 

A son discours écrit, le pape argentin a ajouté une autre considération, en réalité destinée aux gouvernements actuels face aux conflits du Proche-Orient et d’Afrique à l’origine de la crise des réfugiés en cours. « Il est tellement triste, a-t-il dit en parlant du génocide arménien, que dans celui-ci, comme dans les deux autres, les grandes puissances internationales regardaient ailleurs. » Dans son discours d’avril 2015, François avait déclaré que les deux autres génocides « ont été perpétrés par le nazisme et par le stalinisme ». Le pape a relié ces tragiques événements du passé aux menaces et exactions dont sont victimes aujourd’hui des populations chrétiennes.

 

 

_ Persécutions contre les chrétiens et accueil des réfugiés

« Je souhaite vivement que l’humanité sache tirer de ces tragiques expériences la leçon d’agir avec responsabilité et sagesse pour prévenir le danger de retomber dans de telles horreurs », a-t-il dit devant les responsables civils et politiques arméniens. Puis il a appelé « tous ceux qui déclarent leur foi en Dieu », quelle que soit leur confession, à « uni[r] leurs forces pour isoler quiconque se sert de la religion pour mener des projets de guerre, d’abus et de persécution violente, en instrumentalisant et en manipulant le saint nom de Dieu ». « Aujourd’hui, a-t-il ajouté, les chrétiens en particulier, comme et peut-être plus qu’au temps des premiers martyrs, sont discriminés à certains endroits et persécutés pour le seul fait de professer leur foi. » Il a de nouveau appelé les gouvernements à prendre « avec courage et sans tarder des initiatives visant à mettre fin à ces souffrances », notamment en accueillant les réfugiés et en résolvant les conflits enkystés.

 

LE MONDE/ 24.06.2016/ Mis à jour le 25.06.2016/ Par Cécile Chambraud

 

http://www.lemonde.fr/international/article/2016/06/24/en-armenie-le-pape-denonce-le-genocide-des-armeniens_4957726_3210.html

 

———————————————–

 

 

 

 

 

 

 

5 – Le Pape en Arménie : construire sur la mémoire, la foi et l’amour miséricordieux

 

(RV) Le Pape François a célébré ce samedi 25 juin au matin une messe à Gyumri, une ville d’environ 150 000 habitants au nord-ouest de l’Arménie. Le Saint-Père a ainsi pu saluer les catholiques du nord de l’Arménie et des fidèles arméniens venus de la Géorgie voisine. Les habitants de cette ville bénéficient notamment de la présence des Missionnaires de la Charité (sœurs de Mère Teresa) et des sœurs arméniennes de l’Immaculée Conception, la seule congrégation féminine de l’Église arménienne catholique, dont le couvent accueillera le Pape François pour le déjeuner.

 

Devant quelques 20 000 personnes, il a exhorté à ne jamais se lasser d’«édifier des ponts d’union et de surmonter les barrières de séparation». Le Pape a également rappelé que l’«amour concret et la carte de visite du chrétien» et salué la foi chrétienne du peuple arménien, sa «respiration», «le cœur de sa mémoire».

 

Le Pape François a commencé son homélie en évoquant le souvenir tragique du séisme de 1988, qui avait dévasté la ville et fait des dizaines de milliers de morts. «Ils rebâtiront les ruines antiques, ils relèveront les demeures dévastées», a-t-il déclaré, en citant le Livre d’Isaïe. «En ces lieux, chers frères et sœurs, nous pouvons dire que se sont réalisées les paroles du prophète Isaïe que nous venons d’écouter. Après les terribles destructions du tremblement de terre, nous nous trouvons ici aujourd’hui pour rendre grâce à Dieu pour tout ce qui a été reconstruit.» Invitant les fidèles à se demander «ce que le Seigneur nous invite à construire aujourd’hui dans la vie», le Pape a proposé «trois fondements stables» :

 

Tout d’abord la «mémoire», la mémoire personnelle de notre relation avec Dieu, qui «nous a choisis, aimés, appelés et pardonnés», mais aussi «la mémoire du peuple». «Les peuples ont en effet une mémoire, comme les personnes. Et la mémoire de votre peuple est très ancienne et précieuse.» Évoquant la beauté des chants arméniens, dans lesquels «fusionnent les gémissements et les joies» de l’histoire nationale, François a rappelé aux Arméniens que Dieu s’est souvenu de leur fidélité à l’Évangile, de la primeur de leur foi, «de tous ceux qui ont témoigné, même au prix du sang, que l’amour de Dieu vaut plus que la vie».

 

Deuxième fondement : la foi, qui ne doit pas être «enfermée dans les archives de l’histoire». Permettre à la rencontre avec la tendresse du Seigneur «d’allumer la joie dans notre cœur nous fera du bien : une joie plus grande que la tristesse, une joie qui résiste même face à la souffrance, en se transformant en paix». Il ne faut pas avoir peur de s’engager à la suite de Dieu, car «Il nous connaît, il nous aime vraiment, et il désire libérer le cœur du poids de la crainte et de l’orgueil».

 

Enfin, troisième fondement : «l’amour miséricordieux». «C’est sur ce roc, sur le roc de l’amour reçu de Dieu et offert au prochain, que se fonde la vie du disciple de Jésus. Et c’est en vivant la charité que le visage de l’Église rajeunit et devient attrayant», notamment grâce à la fraternité entre les Églises. Répétant les paroles de Saint Jean-Paul II lors de sa venue en Arménie en 2001, François a rappelé que «l’unique concurrence possible entre les disciples du Seigneur est celle de voir qui est en mesure d’offrir l’amour le plus grand !»

 

«Dieu demeure dans le cœur de celui qui aime ; Dieu habite là où on aime, surtout là où on prend soin, avec courage et compassion, des faibles et des pauvres, a martelé le Saint-Père. On en a tant besoin : on a besoin de chrétiens qui ne se laissent pas abattre par les fatigues et ne se découragent pas à cause des adversités, mais qui soient disponibles et ouverts, prêts à servir

 

 

_ «Nous avons besoin de miséricorde»

Le Pape a évoqué la figure de saint Grégoire de Narek, un moine arménien qu’il a élevé l’an dernier au rang de docteur de l’Église, et qu’il a qualifié de «parole et voix de l’Arménie». «Grégoire de Narek est un maître de vie, parce qu’il nous enseigne qu’il est avant tout important de reconnaître que nous avons besoin de miséricorde et puis, face aux misères et aux blessures que nous percevons, de ne pas nous replier sur nous-mêmes», mais de nous ouvrir avec sincérité et confiance au Seigneur «Dieu miséricordieux et proche» «ami des hommes, feu qui dévore[…] les broussailles des péchés».

 

A la fin de la messe, le Pape a remercié les personnes qui, «avec beaucoup de générosité et d’amour concret, aident ceux qui se trouvent dans le besoin», Il a évoqué «l’hôpital d’Ashotsk, inauguré il y a 15 ans et connu comme l’”Hôpital du Pape” : né du cœur de Saint Jean-Paul II, il est encore une présence si importante et proche de quiconque souffre.»

 

Cette messe en plein air devant 20 000 personnes était un évènement exceptionnel en Arménie, dont la tradition religieuse prévoit la célébration des cultes à l’intérieur des églises, et non pas à l’extérieur. Le catholicos Karékine II a assisté à la messe, avec les évêques de l’Église apostolique. Dimanche 26 juin, ce sera l’inverse : la délégation catholique assistera à la Divine Liturgie célébrée à Etchmiadzin. Autre signe fort d’œcuménisme : c’est ensemble que Karékine II et François ont béni la foule, en circulant en papamobile sur la place de Gyumri après la messe.

 

(BH-CV)/ Xavier Sartre/ 25-06-2016/

 

http://fr.radiovaticana.va/news/2016/06/25/le_pape_en_arm%C3%A9nie__construire_sur_la_m%C3%A9moire,_la_foi_et_l%E2%80%99amour_mis%C3%A9ricordieux/1239947

 

———————————————-

 

 

 

  

6 – Prière pour la paix : en Arménie, le Pape invite à la réconciliation

 

(RV) Ce samedi 25 juin au soir, la prière pour la paix célébrée sur la Place de la République, au centre de la capitale Erevan, est le point d’orgue de ce voyage du Pape François en Arménie. Ce rassemblement œcuménique est l’occasion pour le Saint-Père de répéter son message de paix et de remercier l’Arménie pour sa constance dans la foi chrétienne.

 

Le Pape s’est présenté comme un pèlerin venu de Rome pour exprimer aux Arméniens son affection, et leur offrir «l’accolade fraternelle de l’Église catholique entière». «C’est une grâce pour moi de me trouver sur ces hauteurs, où, sous le regard du mont Ararat, même le silence semble nous parler ; où les khatchkar – les croix de pierre – racontent une histoire unique, imprégnée d’une foi solide comme le roc et d’une souffrance effroyable, une histoire riche en magnifiques témoignages de l’Évangile, dont vous êtes les héritiers.» François a évoqué «les nombreux martyrs qui ont scellé par le sang la foi commune dans le Christ : ils sont nos étoiles au ciel, qui resplendissent sur nous et indiquent le chemin qu’il nous reste à parcourir sur la terre, vers la pleine communion».

 

 

_ Les jeunes, promoteurs d’une culture de la rencontre

Évoquant l’«effroyable et folle extermination» de 1915 comme «un avertissement en tout temps, pour que le monde ne retombe plus jamais dans la spirale de pareilles horreurs», François a invité les jeunes à ne pas être des notaires du statu quo, mais des promoteurs actifs d’une culture de la rencontre et de la réconciliation. Le Pape a souhaité que soit repris «le chemin de la réconciliation entre le peuple arménien et le peuple turc, et que la paix advienne aussi au Nagorny-Karabakh».

 

Juste auparavant, dans son intervention Karékine II a longuement évoqué ce conflit, mais il a aussi remercié le Pape pour avoir reconnu le génocide arménien et pour son dévouement dans la recherche de la paix et de la réconciliation entre les nations. Cette amitié entre les responsables des Églises catholique et apostolique a été un fil rouge de cette journée, à l’exemple de la messe à Gyumri, avec cette image étonnante du Pape de Rome et du Catholicos de tous les Arméniens ensemble sur la papamobile, sur un pied d’égalité, bénissant la foule. Le Catholicos de l’Église apostolique ont assisté à la messe catholique, comme le Pape assistera dimanche 26 juin à la Divine Liturgie présidée par le Catholicos.

 

(BH-CV)/ Cyprien Viet/ 25-06-2016

 

http://fr.radiovaticana.va/news/2016/06/25/pri%C3%A8re_pour_la_paix__en_arm%C3%A9nie,_le_pape_invite_%C3%A0_la_r%C3%A9conciliation/1240106

 

————————————————-

 

 

  

 

7 – Le programme du Pape en Arménie : œcuménisme et hommage aux martyrs

 

(RV) Le Pape François se rend en Arménie en cette fin de semaine, du vendredi 24 au dimanche 26 juin. Ce voyage a été présenté ce mardi 21 juin en Salle de presse du Saint-Siège. Quinze ans après Saint Jean-Paul II, le Pape François vient réconforter une nation encore pauvre et enclavée, et renforcer les liens œcuméniques entre l’Église catholique et l’Église apostolique arménienne.

 

Du début à la fin de son séjour, le Pape François sera l’hôte du patriarche de l’Église apostolique arménienne, Karékine II. Le chef de l’Église catholique romaine dînera et dormira à Etchmiadzin, le «saint-siège» de l’Église apostolique arménienne, situé près de la capitale Erevan. Dès son arrivée, le Pape priera à la cathédrale apostolique avec Karékine II, qu’il retrouvera aussi le soir pour un entretien privé, après avoir salué les autorités politiques du pays au Palais présidentiel à Erevan. Le samedi matin, le Pape visitera le Mémorial de Tsitsernakaberd, dédié aux victimes des massacres de 1915. Il récitera une prière avec le patriarche Karékine II, mais ne prononcera pas de discours. Il rencontrera des descendants des familles qui avaient alors été hébergées à Castel Gandolfo, sous la protection du Pape Benoît XV, une façon de rappeler l’engagement de longue date du Saint-Siège pour le peuple arménien.

 

François prendra ensuite un avion pour se rendre à Gyumri, la deuxième ville du pays, sinistrée par le séisme de 1988 dont elle porte encore les stigmates. Il célébrera une messe en plein air, une première en Arménie, où les cultes se célèbrent habituellement à l’intérieur des églises. Le samedi soir, il retournera à Erevan, où 50 000 personnes sont attendues Place de la République pour «une prière pour la paix», en présence de toutes les Églises et du président de la République. Un moment qui prendra une résonance particulière alors que le conflit du Haut-Karabakh, qui oppose l’Arménie et l’Azerbaïdjan, a repris de l’intensité ces derniers mois.

 

Enfin le dimanche, deux temps forts : le Pape François assistera à une Divine Liturgie à Etchmiadzin, puis l’après-midi il se rendra à Khor Virap, à quelques mètres de la frontière turque. Il visitera un monastère qui fut le lieu de détention de saint Grégoire l’Illuminateur, le moine qui avait ensuite baptisé son persécuteur, le roi d’Arménie, au début du IVe siècle. Ce 14e voyage apostolique du Pape François, qui lui permettra de visiter son 22e pays depuis le début de son pontificat, prendra une résonance particulière à plusieurs titres.

 

Le Pape est invité par l’Église apostolique arménienne, avec laquelle l’Église catholique entretient des relations très amicales depuis plusieurs décennies. C’est le même patriarche, Karékine II, qui avait reçu Jean-Paul II en 2001. Il a déjà rencontré le Pape François à deux reprises à Rome : en 2013 lors de sa messe d’installation, et en 2015 lors de l’émouvante messe pour l’Arménie célébrée à la basilique Saint-Pierre. Une messe durant laquelle le Pape François avait qualifié les massacres d’Arméniens de 1915 comme le «premier génocide du XXe siècle», reprenant les termes de la déclaration conjointe signée en 2001 par Jean-Paul II et Karékine II.

 

Le Pape répond aussi à l’invitation du président de la République, Serge Sargissian, qui l’avait rencontré à Rome à l’occasion de la messe du 12 avril 2015. Il l’accompagnera dans plusieurs étapes de sa visite, au Palais présidentiel bien sûr, mais aussi au Mémorial de Tsitsernakaberd, et il participera à la prière pour la paix, le samedi soir. Pour l’État arménien, qui exerce son autorité sur un territoire enclavé de 30 000 km2 pour trois millions d’habitants, et souffre de l’émigration de ses élites, cette visite du Pape François offre une occasion importante de visibilité internationale.

Enfin, il s’agit aussi d’une visite du chef de l’Église catholique auprès des Arméniens catholiques, qui sont peu nombreux en Arménie même, mais sont surtout très présents dans la diaspora. L’Église arménienne catholique représente au total près de 600 000 fidèles à l’échelle mondiale.

 

Plusieurs communautés religieuses catholiques sont actives en Arménie, notamment les Missionnaires de la Charité et les Camilliens. Le samedi midi, le pape déjeunera en privé dans le couvent des sœurs arméniennes de l’Immaculée Conception, à Gyumri. Ces religieuses jouent un rôle social très important, notamment pour les enfants des familles les plus pauvres, ruinées par le séisme de 1988. La visite du Pape François dans l’orphelinat qu’elles tiennent, peut être considérée comme un acte du Jubilé de la Miséricorde.

 

 

_ Première étape d’une tournée dans le Caucase

Il faut aussi préciser que ce voyage en Arménie est la première étape d’une série de voyages du Pape dans le Caucase. Le Saint-Père se rendra en Géorgie et en Azerbaïdjan en septembre et octobre. Le programme initial prévoyait de visiter ces trois pays en un seul voyage, mais la participation prévue (et finalement annulée) du patriarche de l’Église orthodoxe de Géorgie au Concile panorthodoxe qui se déroule actuellement en Crète rendait cette étape géorgienne impossible à organiser durant cette période. Par ailleurs, on peut penser que les tensions dans le Caucase ont été prises en compte, notamment le conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan sur la question du Haut-Karabakh. Il a donc finalement été décidé de scinder cette tournée caucasienne et de consacrer à l’Arménie un voyage spécifique.

 

En 2001, l’étape arménienne de Jean-Paul II faisait partie d’un voyage plus vaste qui avait aussi mené le Pape polonais au Kazakhstan, autre ancienne république soviétique qui fêtait cette année-là ses 10 ans d’indépendance. Ce voyage du Pape François en Arménie est donc aussi une marque de reconnaissance spécifique pour l’Arménie, nation martyrisée au cours de l’Histoire, mais restée fidèle à sa foi chrétienne. Le «premier pays chrétien du monde», comme le rappelle la devise de ce voyage du Pape François, avait fait du christianisme sa religion d’État dès l’an 301, avant même l’Empire romain, et ne l’a jamais reniée.

 

BH-CV)/ Cyprien Viet/ 21/06/2016

 

http://fr.radiovaticana.va/news/2016/06/21/le_programme_du_pape_en_arm%C3%A9nie__%C5%93cum%C3%A9nisme_et_hommage_aux_martyrs/1238883

 

——————————————–

 

 

  

8 – Le drame des chrétiens d’Orient

 

Rejetés dans un Orient en proie à la violence islamiste, ils sont voués à l’exil vers un Occident qui les ignore. Il est paradoxal, fait remarquer l’un des intervenants au tout début du documentaire de Didier Martiny, que les chrétiens d’Occident considèrent leurs homologues d’Orient comme une « anomalie », une sorte d’étrangeté de l’histoire, alors que ce devrait être le contraire. On ne peut résumer plus crûment le triste destin des communautés chrétiennes du Moyen-Orient en quasi-voie de disparition sous l’œil indifférent d’un Occident sécularisé, qui a oublié où se trouvait l’une de ses sources les plus importantes.

 

Depuis le génocide des Arméniens et des Assyro-Chaldéens en 1915 dans l’Empire ottoman, jamais les chrétiens d’Orient, pris entre le marteau des islamistes, qui les vouent aux gémonies, et l’enclume d’un Occident, qui ne veut pas les défendre pour ne pas raviver le sentiment anticolonial et peine à s’identifier à des populations encore très pratiquantes, n’ont été en proie à des persécutions aussi importantes et à une hémorragie démographique aussi forte. Quelques chiffres résument ce que certains qualifient d’ethnocide, la disparition d’un peuple à travers sa culture : au début du XXe siècle, les chrétiens représentaient un quart de la population du Moyen-Orient ; aujourd’hui, toutes communautés confondues (elles se répartissent en six grands rites), ils ne sont que 11 des 320 millions d’habitants de la région.

 

 

_ Une incompréhension profonde

Le film débute en Irak, où l’irruption de l’organisation Etat islamique (EI), en juin 2014, à Mossoul et dans la plaine de Ninive a chassé plusieurs centaines de milliers de chrétiens (mais aussi de Yézidis et de musulmans) vers le Kurdistan d’Irak et, bien souvent, l’exil. L’EI est l’aboutissement d’une longue histoire de persécutions et de malheurs. Comme le fait justement remarquer la chercheuse Myriam Benraad, la longue descente en enfer des chrétiens d’Irak a débuté sous Saddam Hussein, qui a été le premier à confessionnaliser la politique – et la répression – en Irak. En plongeant les Irakiens dans des guerres sans fin, en faisant des chrétiens (en particulier Tarek Aziz) les auxiliaires de sa dictature, il a poussé leurs élites à fuir le pays.

 

Tout comme le sévère embargo qui a suivi la guerre du Golfe en 1991. L’invasion américaine de 2003, menée par le « croisé » George W. Bush, les a encore un peu plus exposés, jusqu’au drame final de l’Etat islamique, qui a forcé les chrétiens à se convertir ou à fuir, emportant tant bien que mal les précieux livres attestant de leur présence millénaire. Rester, aujourd’hui en Irak, implique de prendre les armes. Ou d’avoir vocation au martyre : « Les musulmans ont plus besoin de moi que les chrétiens », explique le patriarche Sako.

  

Paradoxalement, c’est au Liban, pure création géopolitique de la France, que la situation des chrétiens est la meilleure.

  

Au nord de l’Irak, se trouve la Turquie, théâtre d’un épouvantable génocide dans lequel ont été tuées 1,5 million de personnes, deux tiers de la communauté arménienne, la moitié des Assyro-Chaldéens, dont les survivants avaient justement fui pour Mossoul, d’où ils viennent d’être chassés une nouvelle fois par les djihadistes. La Turquie d’aujourd’hui incarne peut-être l’avenir du Moyen-Orient : un monde sans chrétiens, ou presque, à peine tolérés, mais interdits de restaurer leurs lieux de culte dévastés.

 

C’est encore loin d’être le cas en Egypte, où la communauté chrétienne est bien vivace. Même en ne formant que 10 % de la population, les coptes sont plus nombreux que les Danois. Sans relation ou presque avec l’Occident, eux sont otages du pouvoir militaire. Terrorisés par l’arrivée au pouvoir des Frères musulmans en 2013, ils ont accueilli l’année suivante le coup d’Etat de l’armée comme un « miracle ». Pour les remercier de leur soutien inconditionnel, le maréchal-président Abdel Fattah Al-Sissi a assisté pour la première fois à une messe de Noël. Mais les coptes savent qu’en cas de chute du régime, ils seront les premiers à faire les frais d’un retour des islamistes.

 

L’auteur du documentaire oublie le poids des croisades dans les relations heurtées entre le monde arabe et l’Occident et passe trop rapidement sur le rôle des chrétiens dans le nationalisme arabe au début du XXe siècle. En revanche, il illustre bien l’incompréhension profonde entre un Occident qui descend dans la rue pour défendre Charlie mais pas les chrétiens du Nigeria brûlés vifs ou les coptes égorgés par l’EI en Libye. « Votre sang vaudrait-il plus que le nôtre ? », interroge Biman, un évêque copte de Haute-Egypte. Après l’Egypte, ce documentaire très complet aborde la Syrie et le Liban, sans s’attarder sur le sort des chrétiens d’Israël et de Palestine, coincés dans un conflit de moins en moins national et de plus en plus confessionnel.

 

Paradoxalement, c’est au Liban, pure création géopolitique de la France, que la situation des chrétiens est la meilleure, malgré les fractures du pays et les blessures ouvertes par la guerre : les chrétiens ont eu la sagesse – probablement inconsciente – de se diviser en deux principaux camps, les chiites proches de l’Iran et les sunnites proches de l’Arabie saoudite. Contrairement à la Syrie, où la hiérarchie religieuse chrétienne a résolument choisi le camp de Bachar Al-Assad, alors que les puissances occidentales soutiennent la rébellion sunnite. C’est bien là le drame des chrétiens d’Orient, contraints de prendre les armes pour exister, ou de s’exiler dans un Occident qui les accueille sans les reconnaître.

 

LE MONDE/ 14.05.2016/ Mis à jour le 17.05.2016/ Par Christophe Ayad

 

http://www.lemonde.fr/televisions-radio/article/2016/05/14/le-drame-des-chretiens-d-orient_4919582_1655027.html

 

——————————————–

 

 

  

9 – La malédiction des chrétiens d’Orient

 

Cibles de l’organisation Etat islamique après l’avoir été de l’Empire ottoman, les chrétiens d’Orient fuient les terres qui ont vu naître leur religion. Avec leur exode, un rempart contre l’islamisme cède. Au risque de déstabiliser un peu plus le Moyen-Orient. L’historien Sébastien de Courtois retrace leur histoire.

Durant l’été 2014, alors que les chrétiens du nord de l’Irak fuyaient les islamistes de Daech, Sébastien de Courtois est allé à leur rencontre. Il en a tiré un livre magnifique, Sur les fleuves de Babylone, nous pleurions (éd. Stock, 192 p., 18,50 €). Historien et doctorant à l’Ecole pratique des hautes études, à 41 ans Sébastien de Courtois anime l’émission Chrétiens d’Orient sur France Culture. Il retrace pour nous l’histoire de ces communautés et analyse leur avenir compliqué dans cette partie du monde où elles vivent depuis deux millénaires.

 

 

_ En Orient depuis toujours

Etudiant aux Langues orientales, je découvre il y a quinze ans le livre d’un vice-consul français, Gustave Meyrier, témoin en 1895 d’un premier massacre des chrétiens syriaques de Diyarbakir, au sud-est de l’actuelle Turquie. On ne peut comprendre le génocide arménien de 1915, ni ce qui se passe aujourd’hui en Syrie et en Irak, si on oublie le délitement de l’Empire ottoman à la fin du XIXe siècle, et d’une société musulmane qui n’accepte plus une présence qu’elle considère comme étrangère. Or, ces chrétiens qu’on appelle syriaques ou assyriens, dont 700 000 ont été exterminés en 1915, en même temps qu’un million et demi d’Arméniens, ne sont pas des étrangers : ce sont les ancêtres de cette société musulmane. De moins en moins de gens le savent, en particulier en Orient, mais chronologiquement, il y a d’abord eu le monde assyrien, le monde juif, le monde chrétien, et enfin le monde musulman. Les « chrétiens d’Orient » ne sont pas nés des croisades, encore moins du colonialisme, ce sont des locaux, des gens qui sont là depuis toujours.

 

 

_ Vestiges d’un Empire cosmopolite

L’Empire ottoman était une mosaïque de peuples et de religions. Un quart de la population était chrétienne. Qu’on les appelle assyriens, syriaques, araméens, chaldéens, ou assyro-chaldéens, ces chrétiens ont une langue commune, l’araméen. Une langue sémitique, proche de celle qu’on parlait dans l’ancienne Judée. Sa forme écrite, l’alphabet syriaque, dont découle la calligraphie arabe, est très proche de l’écriture hébraïque. D’ailleurs, les rabbins comprennent l’araméen, langue dans laquelle est écrit le Talmud de Babylone. Au nord de l’Irak, dans le village d’Alqosh, l’église jouxte une synagogue du Xe siècle. Il y a vraiment eu continuité historique. Certes, des non-juifs sont devenus chrétiens, parce que Paul de Tarse voulait évangéliser le monde entier. Mais dans ces régions de Mésopotamie, on peut penser que ce sont les juifs qui se sont convertis au christianisme.

 

 

_ Chrétiens, mais orientaux avant tout

Ces gens ne se définissent pas comme des « chrétiens d’Orient », mais comme des « Orientaux chrétiens ». Parle-t-on des « chrétiens d’Occident » ? Non, alors qu’on serait pourtant davantage fondé à le faire puisque le christianisme est né en Orient ! Ne soyons pas condescendant, évitons les raccourcis historiques. Il y a eu des ruptures dans les Eglises d’Orient, donc beaucoup d’obédiences, catholique, orthodoxe, et parfois même protestante, mais n’enfermons pas ces « Orientaux chrétiens » dans des cases. Certes, un chrétien du Liban vous dira qu’il est maronite, un chrétien d’Irak vous dira qu’il est chaldéen, mais aujourd’hui, ils précisent de moins en moins le rite. Ils disent : ”Je suis chrétien de telle région…” Ils vivent dans des mondes compliqués mais se définissent comme citoyens de leur pays, tous confrontés aux mêmes questions : on s’en prend à nous, que fait-on ?

 

Faut-il rester ou partir ? Et si l’on part, où va-t-on ? Il y avait 1,3 million de chrétiens en Irak, contre 300 000 aujourd’hui, 1,2 million en Syrie, contre 500 000 aujourd’hui. Plus de la moitié sont réfugiés au Liban et en Jordanie.

 

Le Liban accueille près de 2 millions de réfugiés, pas seulement des chrétiens, pour 4,2 millions de Libanais — c’est comme si la France accueillait 30 millions de réfugiés. Les Syriens, chrétiens ou pas, fuient en Jordanie. Les chrétiens irakiens, après l’offensive de Daech sur Mossoul à l’été 2014, se sont réfugiés à Erbil, capitale du gouvernement régional du Kurdistan [lire p. 26 le cas de la famille rencontrée à Nantes, NDLR]. Ankawa, village devenu un faubourg d’Erbil, héberge 150 000 chrétiens et yézidis, un groupe ethnique kurde dont la religion plonge ses racines dans l’Iran antique. Chrétiens et yézidis s’entendent très bien, y compris dans l’exil. Un évêque de la région m’a dit : « Ne parlez pas que de nous, parlez aussi des yézidis. » Les chrétiens, Daech leur laisse le choix entre l’exil ou la conversion. Les yézidis, ils les exterminent et vendent leurs femmes au marché.

 

 

_ Les Kurdes, ouverts par pragmatisme

Le Kurdistan abrite près de 2 millions de réfugiés, appartenant à toutes les composantes des sociétés syrienne et irakienne. Les Kurdes acceptent toutes les confessions. Ils n’ont pas vraiment le choix, les gens affluent, et il n’y a pas de frontières. Mais ils ont aussi compris qu’ils s’attiraient la sympathie internationale avec cette ouverture aux autres. Les Kurdes sont de grands pragmatiques. Ils ont été le bras armé des Turcs lors du génocide arménien, il y a un siècle. Et ils sont les premiers à le reconnaître. Ils savent regarder leur passé. Etant eux-mêmes une minorité, ils peuvent dire : on s’est trompé, et on comprend maintenant — après avoir été massacrés par Saddam Hussein — ce qu’on a fait vivre aux Arméniens et aux Assyriens.

 

 

_ La crainte de la perte d’altérité

Les chrétiens d’Orient n’acceptent pas qu’on parle d’eux comme de « minorités ». C’est vrai qu’en nombre, ils sont minoritaires. Mais la notion de minorité les renvoie à l’Empire ottoman — 1299-1923 — où ils avaient un statut discriminatoire, la « dhimmitude ». Donc, ils disent : nous sommes citoyens, à l’égal de nos compatriotes musulmans. Et c’est souvent vrai dans les lois. Ils ajoutent, et cela leur a causé tort parce qu’on les considérait comme des agents de l’Occident : « nous sommes des passerelles entre les cultures ». Vivant dans des villes ouvertes, les chrétiens parlaient plusieurs langues, appartenaient aux élites intellectuelles. Regardez les fondateurs des premiers partis palestiniens, beaucoup étaient chrétiens, imprégnés des idées venues de l’extérieur, le marxisme notamment. Le drame, à long terme, pour le Moyen-Orient, c’est la perte d’altérité. Au moment où l’Occident, qui n’était pas mélangé, se mélange, accepte d’autres cultures, l’Orient mélangé devient un bloc monoculturel, monoreligieux. La grande majorité des musulmans du Moyen-Orient connaissent ce rôle des chrétiens et ne souhaitent pas qu’ils partent.

 

 

_ La chute précipitée par les Américains

La situation a commencé à se dégrader pour les chrétiens d’Irak dans les années 1980, avec la guerre de Saddam Hussein contre l’Iran. Il a mobilisé ses troupes en exaltant le nationalisme sunnite. Mais le coup d’accélérateur pour la déstructuration de la région, c’est l’intervention américaine de 2003. Je n’ose imaginer le nombre d’Irakiens qui ont depuis perdu la vie (1) . Quoi qu’on pense de Saddam Hussein, jamais il n’aurait eu le temps de tuer autant de personnes. L’insurrection islamiste n’a commencé qu’après le limogeage, par le consul américain Paul Bremer — dans les mois qui ont suivi l’intervention —, de tous les officiers baasistes dans l’armée. Les Irakiens n’ont aucune nostalgie de Saddam Hussein, ils ont la nostalgie de l’Etat.

 

Au sein de Daech, qui a émergé en Irak en 2006 avant de s’étendre en Syrie, les convertis commettent les pires atrocités, particulièrement les Français. Je mets dans la même catégorie le converti d’une famille athée et le jeune d’origine algérienne ou tunisienne. Car il y a une rupture avec l’islam traditionnel des parents. C’est vrai également des djihadistes de Tchétchénie ou d’Afghanistan, où le salafisme n’existe pas. Les films de recrutement de Daech sont très bien faits. On n’a pas affaire à une bande d’illuminés, ce sont des gens organisés, construits, infiniment dangereux.

 

 

_ L’indifférence coupable des Occidentaux

Les Occidentaux ont longtemps été indifférents au drame des chrétiens d’Orient. C’est lié à une méconnaissance de leur histoire et de leur sort. Les chrétiens d’Orient ont longtemps été « un sujet catholique », réservé à la presse de droite. Quand j’ai commencé à écrire sur eux, je n’ai été publié que par Le Figaro magazine et la presse catholique. Et encore : en 2004, lorsque j’ai publié mon livre sur les monastères (2) , La Croix m’a dit : « On parle trop des chrétiens d’Orient. » On n’en parlait pas du tout ! Je pense que c’est lié à la culpabilité coloniale d’un pays de culture chrétienne. La Syrie et l’Irak, ce n’était pourtant pas l’Algérie ! Arrêtons de projeter nos divisions, nos préjugés, nos clichés. Le paysan de Qaraqosh ou le chauffeur de taxi de Beyrouth ne méritent pas ça !

 

L’« Appel de Paris » en soutien aux chrétiens, lancé par les responsables musulmans de France en août 2014, a été courageux car le risque qu’ils courent n’est pas négligeable. Il n’a pas eu un grand impact, mais il était important qu’ils le fassent. Au même moment, la lettre, en arabe, des 126 intellectuels du monde musulman a eu davantage de retentissement : elle démontre pourquoi Daech est hors de l’Islam.

En France, ce sont les juifs qui se sont montrés particulièrement attentifs au sort des chrétiens d’Orient. Certains diront qu’il y a un peu de politique là-dedans, parce qu’on a le même ennemi, le fondamentalisme musulman. Mais il y a autre chose : la proximité du monde araméen et du monde juif n’est plus à démontrer. Les araméens sont un peu pour les juifs les cousins de province. Et je pense que les juifs ont plus ou moins consciemment le sentiment que les chrétiens ont un destin proche du leur, en tant que minorité. C’est ce que je comprends des propos de Jean-Christophe Attias, spécialiste de la mystique juive au Moyen Age, lorsqu’il dit que les chrétiens ont oublié leurs racines d’Orient.

 

 

_ Faut-il encourager l’exil ?

Les hiérarchies chrétiennes en Orient n’encouragent pas les départs, au contraire, elles appellent les chrétiens à rester dans leurs villages. Les évêques tentent de mettre fin à l’hémorragie. De leur côté, les consulats accordent très peu de visas, sauf quand les chrétiens sont déjà à l’étranger, dans une capitale voisine, Istanbul ou Amman. D’où qu’il vienne, l’appel à l’exil fait le jeu des fondamentalistes. Encourage le nettoyage ethnique. Car, une fois les chrétiens partis, très peu reviennent. Le fait que la France ait décidé de n’accorder que 1 500 visas ne me choque pas : les fonctionnaires font bien leur travail, en tenant compte des urgences extrêmes. Contentons-nous d’accueillir les gens qui sont vraiment en danger de mort, et manifestons par ailleurs notre soutien aux communautés d’Orient par tous les moyens.

 

La réunion du Conseil de sécurité de l’ONU, à la demande de la France, a été symboliquement forte. Voir le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius aux côtés du patriarche des chaldéens Mgr Sako et de la députée yézidie Vian Dakhil, a marqué les esprits. La France va par ailleurs présenter un projet pour la sauvegarde du patrimoine en Irak et en Syrie, notamment les 8 000 manuscrits de Mossoul et Qaraqosh emportés à Erbil.

 

 

_ Un État, mais pour qui ?

Il faut trouver des solutions locales, au cas par cas. L’idée de créer un foyer national pour les chrétiens d’Orient, prônée par des gens de la diaspora en Californie, est absurde. Où créer cet Etat ? Qui le protégerait ? Ce n’est pas un projet viable. Que l’on se contente de permettre aux chrétiens réfugiés à Erbil, les déplacés du mois d’août 2014, de revenir dans la région de Mossoul, dans leurs villages. Les peshmergas pourront assurer leur protection. N’imaginons pas implanter une force de l’ONU pour un demi-siècle.

 

En revanche, la bonne nouvelle, c’est que Daech oblige le monde sunnite à reconsidérer ses positions. Les Saoudiens ont compris le danger pour eux. En Jordanie, l’attachement à la dynastie des Hachémites est réel — le roi descend du prophète — et Daech a commis une erreur en brûlant vif un pilote jordanien, car cela a ressoudé l’identité nationale. Les frontières sont peut-être artificielles, mais un Jordanien se sent jordanien, un Irakien se sent irakien, un Syrien se sent syrien. Des sentiments d’appartenance nationale sont nés par-delà la religion. Même les Kurdes du nord-est de la Syrie, qui ont une quasi-autonomie, se sentent syriens, sont fiers de parler l’arabe. Seul le Kurdistan irakien, région enclavée, constitue une unité culturelle, géographique et linguistique. La prochaine grande question, c’est donc l’indépendance ou non de ce Kurdistan. Mais les Kurdes sont très prudents. Ils pouvaient programmer leur Etat depuis longtemps, et ils ne l’ont pas fait. Ils doivent s’assurer en amont de la reconnaissance des grands pays, mais je ne pense pas que la communauté internationale reconnaîtra de nouvelles frontières dans cette région. Les idées séduisantes ne font pas forcément de bonnes politiques.

 

 

_ Un nouveau cosmopolitisme ?

La Turquie moderne s’est construite sur l’homogénéité musulmane. A Istanbul il reste 30 000 juifs, 80 000 Arméniens, quelques milliers de Grecs et de Syriaques. C’est très peu. Et voilà qu’on assiste à un afflux de réfugiés. Les Turcs en accueillent plus de 2 millions. Paradoxe de l’histoire, les églises sont à nouveau pleines à Istanbul ! Pleines, non pas des chrétiens locaux, mais des Syriens, des Irakiens, et même des Noirs d’Afrique qui cherchent à transiter par la Turquie. Comme l’Europe a fermé ses frontières, beaucoup vont rester. L’Istanbul cosmopolite et ouverte pourrait renaître…

 

(1) Les évaluations varient entre plus de 100 000 et un million.

(2) Les Derniers Araméens, éd. La Table ronde.

 

Vincent Remy / Publié le 03/05/2015

 

http://www.telerama.fr/idees/la-malediction-des-chretiens-d-orient,126020.php

 

——————————————-

 

Afficher l'image d'origine

  

10 – La tolérance du Prophète envers les autres religions (partie 1 de 2) : À chacun sa religion

 

Description : Nombreux sont ceux qui croient, à tort, que l’islam ne tolère pas l’existence des autres religions du monde.  Cet article parle des fondations établies par le prophète Mohammed pour traiter avec les gens d’autres confessions, le tout illustré d’exemples tirés de sa biographie.  Partie 1 : exemples de tolérance religieuse envers des gens d’autres religions que l’on retrouve dans la constitution établie par le Prophète, à Médine.  Les relations du Prophète (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) avec les gens d’autres religions sont résumées dans ce verset du Coran : « À vous votre religion et à moi la mienne. » (Coran 109:6)

  

À l’époque du Prophète, la Péninsule arabe comptait plusieurs religions sur son territoire.  Il y avait des chrétiens, des juifs, des zoroastriens et des polythéistes, de même que des gens qui n’étaient affiliés à aucune religion.  Un coup d’œil à la biographie du Prophète (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) nous fait découvrir plusieurs exemples démontrant son haut niveau de tolérance envers les gens d’autres confessions.

 

Afin de comprendre et d’apprécier cette tolérance, on doit la remettre dans son contexte, à l’époque où l’islam était un État officiel, avec des lois spécifiques établies par le Prophète et conformes aux principes de la religion.  Il existe de nombreux exemples, au cours des treize années de sa mission qu’il a passées à la Mecque, où le Prophète a fait preuve de tolérance.  Comme certains pourraient croire qu’il cherchait par là à améliorer l’image des musulmans et le statut social de l’islam en général, nous ne tirerons nos exemples que de l’époque qui commence avec la migration du Prophète à Médine et, plus précisément, à partir du moment où la constitution fut établie.

 

Résultat de recherche d'images pour "islam, christianism, mecca" Résultat de recherche d'images pour "islam, christianism, tolerance"

 

_ La Sahifah

Le meilleur exemple de tolérance dont le Prophète fit preuve envers des membres d’autres religions fut sans doute la constitution elle-même, appelée « Sahifah » par les premiers historiens.[1]  Quand le Prophète émigra à Médine, cela mit fin à son rôle de simple leader religieux; il devint le leader politique d’un État gouverné selon les préceptes de l’islam, ce qui exigeait l’établissement de lois claires afin d’assurer l’harmonie et la stabilité dans une société qui sortait à peine de décennies de guerres de toutes sortes.  Il était donc essentiel d’assurer une coexistence paisible entre musulmans, juifs, chrétiens et polythéistes.  Le Prophète rédigea une constitution détaillant les responsabilités de chaque groupe résidant à Médine, de même que leurs obligations les uns envers les autres et certaines restrictions pour chacun.  Chaque groupe se devait de respecter les détails de cette constitution et toute violation de l’un de ses articles était considéré comme une trahison.

 

Afficher l'image d'origine

 

_ Une seule nation

Le premier article de cette constitution stipulait que tous les habitants de Médine, c’est-à-dire les musulmans et tous les juifs, chrétiens et idolâtres qui avaient signé le traité de paix, constituaient « une seule nation, à l’exclusion de toutes les autres ».  Ils étaient tous considérés comme membres et citoyens de Médine, indépendamment de leur race, religion ou lignée.  Les non-musulmans jouissaient de la même protection et de la même sécurité que les musulmans, tel que stipulé dans un autre article qui disait : « Les juifs qui sont avec nous recevront de l’aide et seront traité de façon équitable.  Ils ne seront point lésés et aucun soutien ne sera apporté à leurs ennemis. » 

 

Auparavant, chaque tribu avait des alliés et des ennemis à l’intérieur et à l’extérieur de Médine.  Le Prophète rassembla ces différentes tribus sous un seul système de gouvernance dans lequel furent maintenus les pactes d’alliances existant déjà entre elles.  Toutes les tribus devaient se considérer comme une seule nation, sans égard aux alliances individuelles.  Toute attaque contre une autre tribu ou contre des membres d’une autre religion était considérée comme une attaque contre l’État et contre les musulmans.

 

Les membres des autres religions au sein de la société musulmane jouissaient également d’une protection dans la pratique quotidienne de leur culte.  Le Prophète dit : « Quiconque tue une personne qui a signé une trêve avec les musulmans ne sentira jamais l’odeur du Paradis. » (Sahih Mouslim)

Comme les musulmans étaient en position d’avantage, le Prophète émit une stricte mise en garde contre toute forme de mauvais traitement contre les membres des autres confessions. 

 

 

_ À chacun sa religion

Un autre article de cette constitution stipulait que : « les juifs ont leur religion et les musulmans, la leur. ».  Il est donc clair que le Prophète ne supportait aucun acte d’intolérance à l’égard des autres religions et que bien qu’ils faisaient tous partie de la même société, ils pouvaient pratiquer chacun sa religion, un droit qui ne pouvait être violé sans conséquences graves.  Ils étaient tous libres de pratiquer leur religion sans être lésés ni avoir à subir de provocations ou de harcèlement.

 

Nous pourrions discuter de plusieurs autres articles de cette constitution, mais comme l’espace nous manque, nous aimerions mettre l’accent sur l’article suivant, que nous considérons important : « Si une dispute ou une controverse susceptibles de provoquer des problèmes éclatent, il faut le renvoyer à Dieu et à Son messager. »  Selon cette clause, tous les habitants de l’État devaient reconnaître cette autorité supérieure et, dans les litiges qui impliquaient diverses tribus et religions, la justice ne devait pas être du ressort de leaders individuels, mais du leader de l’État lui-même ou de ses représentants.  Il était toutefois permis aux tribus non-musulmanes de régler leurs différends internes à l’aide de leurs propres écritures religieuses ou de leurs guides spirituels.  Elles avaient également le choix, si elles le souhaitaient, de demander au Prophète d’agir comme juge pour elles.  Dieu dit, dans le Coran : « S’ils viennent à toi, (ô Mohammed), juge entre eux ou alors refuse poliment d’intervenir. » (Coran 5:42)

 

Le Prophète permettait donc aux membres des diverses religions de juger entre eux de leurs propres affaires, tant que leurs décisions ne contredisaient pas les articles de la constitution, un pacte qui tenait compte des avantages d’une paisible coexistence entre les divers groupes formant la société de Médine.

 

***********

 

Footnotes:

[1] Madinan Society at the Time of the Prophet, Akram Diya al-Umari, International Islamic Publishing House, 1995.

 

Par M. Abdulsalam (© 2006 IslamReligion.com)/ Publié le 16 Mar 2009 – Dernière mise à jour le 03 May 2015

 

http://www.islamreligion.com/fr/articles/207/viewall/la-tolerance-du-prophete-envers-les-autres-religions-partie-1-de-2/

 

Afficher l'image d'origine

 

——————————————-

  

 

Pope Francis, left, attends a ceremony at a memorial to Armenians killed by the Ottoman Turks in Yerevan, Armenia, Saturday, June 25, 2016. Francis used another opportunity to pay respects to the victims of the slaughter when he visits Armenia's genocide memorial. Photo: Alexander Zemlianichenko, AP / AP

Afficher l'image d'origine

 

 

 

 

Avis des internautes

Autres articles à lire aussi